Raistlin a écrit :Vous confondez sentiment amoureux et amour, ce qui est classique dans notre société dominée par l'émotionnel. En théologie, l'amour dépend de la volonté, non de l'émotion. Pour l'avoir vécu personnellement, je suis d'accord. On peut choisir d’aimer… comme on peut choisir de pardonner indépendamment de notre sentiment.
Il est vrai que je me suis peut-être un peu égaré ici.
Mais j’avoue que ce n’est pas forcément aussi clair que je le croyais sur ce point.
Pour cet amour homme-femme, le fait qu’il y ait eros n’empêche pas qu’il y ait aussi agape, non ?
De même, je me demande si dans l’agape, il n’y a pas aussi une forme d’eros. Je veux dire par là dans le fait que parfois on puisse être pris d’un tel amour pour l’être qu’on voudrait « fusionner » avec. Eros est-il purement quelque chose de physique ?
Je ne suis pas forcément très à l’aise avec les nuances.
De même, n’est-il pas question aussi de sentiment dans l’agape ? A quoi ressemble un amour sans sentiments ?
Ça y est, je suis complètement embrouillé.
Et puis, si je suis d’accord pour dire qu’on peut choisir d’aimer, ne peut-il pas arriver qu’on ait un amour agape qui ne provienne pas de la volonté (l’amour vient, on ne s’y ferme pas certes mais il n’est pas non plus le fruit d’un choix) ?
Raistlin a écrit :Attention, qui a dit que tous les choix possibles étaient acceptables ? Certainement pas moi. Comme vous l'avez dit, Dieu ne dit pas à Adam et Eve "choisissez de manger de l'arbre ou non" mais "ne mangez pas de l'arbre". Cependant, il faut bien admettre que Dieu a créé ses créatures libres de choisir d'entrer dans sa volonté ou pas. Pourquoi ? La réponse la plus satisfaisante me semble être l'amour, sans quoi le monde ne deviendrait qu'une espèce de test ce qui est impensable et inacceptable.
D’un côté, c’est vrai et votre remarque me titille car il est un fait qu’on est libre de nos mouvements de volonté, qu’on peut choisir. Et on le sent quand on dit normalement « oui » ou « non » que c’est bien nous qui faisons ce choix sans contraintes et que ce choix vient de nous. Et ceci m’interpelle sur le fait que si Dieu nous a doté de cette capacité (ce qu’on peut appeler libre-arbitre) alors c’est forcément pour une raison. Vous dites l’amour et je vais y cogiter.
Mais ne serait-ce pas simplement le fait de la nature raisonnable, de pouvoir penser, de dire « je suis », d’être simplement une personne qui induit cette possibilité de mouvement de notre volonté.
Et non pas pour pouvoir faire à un moment donné le choix d’aimer mais pour être conscient de l’amour, pour être réceptif.
Quel sens prendrait l’amour pour une plante qui n’a pas conscience de l’amour et ne peux y répondre ?
Et ensuite d’accord, il faut le mouvement de notre volonté en faveur de cet amour pour ouvrir la porte et qu’il y ait ensuite échange et communion.
Mais le but de Dieu dans ce « libre-arbitre » est-il de voir si on va répondre « oui » ou « non », juste pour voir, pour en tirer une gloire ? Mais j’ai du mal avec cette idée car je ne suis pas sûr qu’il y ait une question de gloire là-dedans comme si Dieu avait « gagné » l’amour de la créature, ce qui sous-entendrait qu’il y ait une question de mérite en ce qui concerne Dieu, ce qui n’a pas de sens. (Je peux comprendre quand vous parlez de gloire mais plus dans le sens d’une gloire venant du fait que Dieu partage sa vie, de plus à des créatures comme nous, et de la façon dont Il nous a racheté)
Ou le but de Dieu était simplement de permettre cet échange qui est rendu possible par ce « libre-arbitre » ?
Parce que si ça se ressemble, ça ne veut pas tout à fait dire la même chose.
Car dans le premier cas, on pourrait peut-être dire comme vous le disiez « le monde ne deviendrait qu'une espèce de test ».
Raistlin a écrit :L'amour exige bien la liberté. Autrement, ce n’est pas de l’amour mais de l’aliénation ou de la sujétion.
Il est vrai qu’un amour forcé est bien ce que vous dites.
Mais ce qui me fait cogiter c’est « l’amour exige bien la liberté » ce qui renverrait à l’idée qu’il faille être libre d’accepter ou de refuser l’amour pour que ce soit vraiment l’amour alors que j’aurais plutôt tendance à penser que la liberté est dans l’amour. L’amour n’a pas besoin de la liberté (mais plutôt d’un mouvement de notre volonté) mais la liberté est dans l’amour.
D’ailleurs, vous dites bien :
De fait, la liberté chrétienne est la liberté de choisir le bien, donc Dieu in fine. Mais cette liberté inclue aussi la possibilité de ne pas s'orienter vers le bien. Je suis d'accord avec vous pour dire que cela revient à se réduire en esclavage - ce que la Bible dit d'ailleurs - et que donc on n'est vraiment libre qu'en choisissant le bien et Dieu. Seulement, voilà, pas besoin de chercher bien loin pour constater que certains préfèrent renoncer à leur liberté plutôt qu'à autre chose.
Mais c’est là où ça me pose quelques problèmes car Dieu a crée chaque être pour la liberté, pour la vie éternelle (si je ne me trompe pas ?), donc si nous refusons l’amour de Dieu alors cela ne vient pas naturellement de notre for intérieur mais du péché qui pollue tout. Car si certains préfèrent renoncer à leur liberté, ce n’est pas la conséquence d’un rien.
J’ai du mal avec l’idée de perdition éternelle dans ces conditions, ce qui quelque part renvoi aussi à l’idée que le péché puisse disputer des âmes à Dieu, en tenir captif. Mais que penser quand il est dit « La mort a été engloutie dans la victoire. » (1Corinthiens 15:54) ?