La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Perlum Pimpum
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La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

Message non lu par Perlum Pimpum »

Bonjour,

Je réponds ici à Cmoi.
Ainsi qu'à Gaudens, puisse cette réponse lui apporter la paix.

:sign:

Dans la mesure où la rétribution du mérite est autant celle du bon mérite que du mauvais mérite ou démérite, de sorte, quant au démérite, que sa rétribution est châtiment, ce post traitera de la Vindicte en traitant du mérite.




cmoi a écrit : mer. 09 juil. 2025, 3:59 Derrière sa logique plutôt convaincante, ce que vous écrivez là m’a toujours paru dissimuler un parfum de souffre. Pourquoi ? Parce que si nous sommes assez autonomes et importants pour être estimés capables d’offenser Dieu, nous devons selon moi l’être aussi pour réparer cette offense !


Il est inutile de débattre pour savoir si, de puissance absolue (= dans un ordre providentiel autre que celui librement choisi par Dieu), l'acte d'un homme (autre que Dieu le Fils fait homme) aurait pu être agréé par Dieu jusqu'à mériter de condigno la Rédemption du genre humain. Inutile puisque de puissance ordonnée (= dans l'ordre actuel de la Providence, qui relève du Libre-choix de Dieu) l'Expiation précède la Rédemption : si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit (Jn. XII, 24). La Rédemption n'est qu'en conséquence la Passion, Expiation infinie (par la dignité de la victime) des offenses infinies (par la dignité de l'offensé). N'importe quel acte de l'homme qu'est Dieu le Fils aurait-il pu valoir Rédemption, chacun étant infiniment méritoire ? Question oiseuse, puisqu'en l'ordre actuel de la Providence, le seul que nous connaissions, Dieu a subordonné la Rédemption à l'Expiation : Dieu est allé jusqu'à exiger la Passion de son Fils.

1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent.

2. De sorte que, de puissance ordonnée, les seules réparations que vous puissiez apporter à vos péchés et à ceux d'autrui (cf. Col. I, 24) ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.




*




1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent !


De sorte qu'à nier la Vindicte comme délire pseudo-orthodoxe malsain et mesquin, la Passion du Christ en est défigurée par de nouvelles explications incompossibles au donné de foi.
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À l'intention de ceux niant Dieu tel qu'il se dit être donc est :
« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. »


« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » (Is. VII, 9 - LXX). « La compréhension est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre pour croire, mais crois afin de comprendre, parce que si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » (Saint Augustin, Traité sur l’Évangile de Jean, XXIX, 6). » « Si Dieu était votre Père, vous m'aimeriez, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. » (Jn. VIII, 42-44). « Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu'Isaïe a dit encore : ‘’Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux, qu'ils ne comprennent du cœur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » (Jn. XII, 39).


« Mais qui a cru à ce qui nous était annoncé ? Qui a reconnu le bras de l’Éternel ? Il s'est élevé devant lui comme une faible plante, comme un rejeton qui sort d'une terre desséchée. Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n'avait rien pour nous plaire. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé, et nous l'avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités. Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie ; et l’Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, et il n'a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent. Il n'a point ouvert la bouche. Il a été enlevé par l'angoisse et le châtiment, et parmi ceux de sa génération qui a cru qu'il était retranché de la terre des vivants et frappé pour les péchés de son peuple ? On a mis son sépulcre parmi les méchants, son tombeau avec le riche, quoiqu'il n'eût point commis de violence et qu'il n'y eût point de fraude dans sa bouche. Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance. Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours, et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains. À cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards. Par sa connaissance mon juste serviteur justifiera beaucoup d'hommes, en se chargeant de leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands. Il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs. Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, et qu'il a intercédé pour les coupables. » (Is. LIII).

« Voici, l'heure est proche, où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. » (Mt. XXVI, 45). « Que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais c'est pour cette heure que je suis venu jusqu’alors. » (Jn. XII, 27). « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? » (Mt. XX, 22). « Jésus dit à Pierre : ‘‘Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m'a donnée à boire ?’’ » (Jn. XVIII, 11). « Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mt. XXVI, 39). « Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt. XXVI, 42). « Car je suis descendu du ciel pour faire non ma volonté mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » (Jn. VI, 28). « Ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. » (He. XII, 2). « Ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix. » (Ph. II, 8). « Mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte, afin que, par la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous. » (He. II, 9). « Car la prédication de la Croix est une folie pour ceux qui périssent. Mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. » (I Cor. I, 18). « Mais le Christ est venu comme souverain sacrificateur des biens à venir ; il a traversé le tabernacle plus grand et plus parfait, celui qui n'est pas construit de main d'homme, qui n'est pas de cette création ; et il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. Car si le sang des taureaux et des boucs, et la cendre d'une vache, répandue sur ceux qui sont souillés, sanctifient et procurent la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ, qui, par un esprit éternel, s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant ! Et c'est pour cela qu'il est le médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises…, ceux qui ont été appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis. » (He, IX, 11-15). « Car chose impossible à la Loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché. » (Rm, VIII, 3). « Celui qui n'a point connu le péché, il [Dieu] l'a fait devenir [expiation du] péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » (II Cor. V, 20). « C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour le rachat [la rançon, la rédemption] de plusieurs. » (Mt. XX, 28). « Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme rançon de plusieurs. » (Mc. X, 45). « Et si vous invoquez comme Père celui qui juge selon l’œuvre de chacun, sans acception de personnes, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre pèlerinage, sachant que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux du Christ, tel un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous, qui par lui croyez en Dieu, lequel l'a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu. » (I P. I, 17-21). « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » (Jn. I, 26 // Is. LIII, 7 ; Ac. VIII, 32 : l'Agneau immolé d'Ap. V, 6).


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De même, à nier la Vindicte, la nécessité de la contrition (en tant qu'inclusive de la pénitence et de la conversion) disparait, comme aussi le devoir d'aimer Dieu en agissant conformément à sa loi, puisqu'enfin, si la transgression de la loi n'est pas châtiée, pourquoi faire l'effort du combat spirituel, de l'abnégation de soi par amour de Dieu ? Au final, sous couvert de prêchi-prêcha, somme de bondieuseries ânonnantes, une occultation des fins dernières, tant quant aux peines de l'Enfer que quant à celles redoutables du Purgatoire.

Plusieurs intervenants participent à ce schéma délétère, sans qu'il leur soit nécessairement besoin d'en accepter toutes les conséquences, leur suffisant d'en affirmer le principe dont toute la suite découle : la négation de la Vindicte divine.
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Mais tenant de tels discours, ils font bien plus que se nuire à eux-mêmes, attentant à l'autorité de Dieu révélant - crime passible de damnation ; la charité consiste ici à le rappeler, non à le taire - en niant Dieu tel qu'il se dit être donc est pour le caricaturer fautivement en autre chose, la conception idolâtrique qu'ils s'en font. Ils nuisent encore aux prochains, dont ils exposent les esprits aux doctrines délétères qu'ils professent, et dont ils ont l'audace de les prétendre catholiques. Ce faisant, ni ils ne parlent selon la vérité, ni ils n'aiment de charité leur prochain, puisque, tout à l'inverse, ils veulent le détourner de Dieu, du vrai Dieu, du Dieu révélant et révélé, qu'ils caricaturent et contredisent en niant ouvertement ce qu'il dit être donc est, oubliant par le fait les paroles redoutables proférées en l’Écriture, dont il est tristement à craindre qu'elles puissent possiblement s'appliquer ici : « Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres du Christ » (II Cor. XI, 13), « gens rebelles, vains discoureurs et séducteurs » (Tt I, 10), « abandonnant la foi, pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons » (I Tm. IV, 1), « faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine » (II P. II, 1).

La chose étant dite parce que devant en vérité être dite, je ne me place pas au dessus des autres. Car si d'évidence les attentats contre la foi sont objectivement cause de damnation, il en est beaucoup d'autres, de sorte que tant le souvenir de mes anciens et si nombreux péchés que la perspective d'en commettre d'autres me place à mes propres yeux dans le lot des damnables. Non pour désespérer. Mais pensant finir damné, et méditant l'Enfer, un puissant adjuvant pour se repentir. Et nous le savons, d'un cœur contrit et humilié, Dieu n'a point de mépris.

Prions donc les uns pour les autres, cherchant chacun selon son don particulier à faire du bien à tous, car tout est grâce.

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À preuve de cette participation au schéma délétère :
Trinité a écrit : ven. 18 juil. 2025, 22:13 Il est patent que ce Dieu Vengeur apparait dans l'A.T. et pas dans le N.T
Gaudens a écrit : dim. 13 juil. 2025, 18:27 Une prise de conscience de l’impossibilité pour ma part d’adhérer à une certaine théologie qui se pare des vêtements de l’orthodoxie mais qui me parait absolument insupportable , à la fois invraisemblable et contradictoire avec d’autres assertions revendiquées par cette même théologie. On aura compris qu’il s’git de la revendication de la vindicte éternelle de Dieu contre les pêcheurs pouvant condamner ceux-ci à la damnation éternelle, j’allais dire pour un oui ou non. Un non, plus précisément, non à Dieu jusqu’au terme de la vie (entouré de membres incroyants de ma famille, vivants ou morts, cela ne m’est pas indifférent), ou encore parce que tombés dans un péché de type mortel, même après une vie belle et même sainte (comment ?). Des pages ont été écrites ci-dessus, pas du tout convaincantes à mes yeux… Bref ,cette supposée théologie orthodoxe dresse en creux le portrait d’un dieu mesquin, prêt à nous damner à la moindre grosse erreur non suivie de repentir ultérieur. Conception du reste outrecuidante, consistant à juger à la place de Dieu mais passons... Invraisemblable , donc, à l’échelle de l’immensité de l’univers, de la grandeur infinie de Dieu et de notre infime petitesse,je vois mal comment justifier cela. Si une fourmi était dotée des moyens de m’offenser (je ne vois guère comment, en me piquant un peu peut-être ?), me viendrait-il à l’idée de me venger, de la poursuivre, la châtier, la punir (les divers sens du mot « vindicte ») et tout cela pour l’éternité ?
Fée Violine a écrit : dim. 13 juil. 2025, 18:36 Cher Gaudens, je ne crois pas non plus à ce dieu (qui ne mérite pas de majuscule) mesquin, vindicatif et antipathique. Et je n'ai pas pour autant l'impression de perdre la foi !
Dieu mesquin... Ou comment injurier Dieu sous couvert de l'honorer... Tout d'abord la Vindicte est très clairement affirmée dans le NT, comme les nombreuses citations néotestamentaires qui suivront tout au long de ce post le démontrent. Ensuite vous avait été à tous théologiquement expliqué comment de l'Amour découle tant la Miséricorde que la Vindicte, ainsi que le primat de la Miséricorde sur la Vindicte, ce aussi précisément que possible, comme en Charité (mes trois posts) ou en Amour et Liberté (quatre posts). Mais n'étant pire sourds que ceux refusant d'entendre, plutôt que s'épuiser à répondre à la multiplication de leurs objections intarissables car procédant d'un refus acharné, endurci, d'admettre les évidences qui leur déplaisent, reste seulement, à terme plus ou moins bref, à leur retirer le doux bienfait de l'amitié.
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« Les faibles doivent éviter de vivre avec les pécheurs, à cause du danger qu'ils courent d'être pervertis par eux. Au contraire, il faut louer les parfaits, dont il n'y a point à redouter la perversion, d'entretenir des relations avec les pécheurs afin de les convertir. C'est ainsi que le Seigneur mangeait et buvait avec les pécheurs, comme on le voit en saint Matthieu (IX, 10). Cependant tous doivent éviter de fréquenter les pécheurs en s'associant à leurs péchés ; c'est ainsi qu'il est dit (II Co. VI, 17) : "Sortez du milieu de ces gens-là, et ne touchez rien d'impur" en consentant au péché. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad. 5). « Quand des amis tombent dans le péché remarque Aristote, il ne faut pas leur retirer les bienfaits de l'amitié, aussi longtemps qu'on peut espérer leur guérison. Il faut les aider à recouvrer la vertu, plus qu'on ne les aiderait à recouvrer une somme d'argent qu'ils auraient perdue ; d'autant plus que la vertu a plus d'affinité avec l'amitié que n'en a l'argent. Mais, lorsqu'ils tombent dans une extrême malice et deviennent inguérissables, alors il n'y a plus à les traiter familièrement comme des amis. C'est pourquoi de tels pécheurs, dont on s'attend qu'ils nuisent aux autres plutôt que de s'amender, la loi divine comme la loi humaine prescrivent leur mort (*). Cependant ce châtiment, le juge ne le porte point par haine, mais par l'amour de charité, qui fait passer le bien commun avant la vie d'une personne. Et pourtant, la mort infligée par le juge sert au pécheur, s'il se convertit, à l'expiation de sa faute, et s'il ne se convertit pas, elle met un terme à sa faute, en lui ôtant la possibilité de pécher davantage. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad.2).

(*) Cette phrase s'explique par l'objection à laquelle elle répond : « Saint Grégoire dit que "La preuve de l'amour, ce sont les œuvres que l'on accomplit." Or, à l’égard des pécheurs, les justes, loin d'accomplir des œuvres d'amour, produisent plutôt celles que la haine inspire : ainsi, dit le Psaume (CI, 8) : "Dès le matin je mettais à mort tous les pécheurs du pays" ; de même, dans l'Exode (XXII, 17), le Seigneur prescrit : "Tu ne laisseras pas en vie les magiciens." Donc les pécheurs ne doivent pas être aimés de charité. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, obj. 2). La réponse de Thomas est de dire que sont deux haines, l'une satanique, contraire à la charité, l'autre sainte, car fille de charité (**) ; bref que c'est la charité, amour théologal pour le Dieu biblique de la foi théologale, qui explique les actions bibliques citées dans l'objection.

(**) « La haine est opposée à l'amour, nous l'avons vu. C'est pourquoi la haine a raison de mal dans la mesure où l'amour a raison de bien. Or on doit aimer le prochain en considération de ce qu'il tient de Dieu, c'est-à-dire en considération de la nature et de la grâce ; on ne lui doit pas d'amour en considération de ce qu'il tient de lui-même et du diable, c'est-à-dire en considération du péché et du manquement à la justice. C'est pourquoi il est permis de haïr chez son frère le péché et tout ce qui est manquement à la justice divine, mais on ne peut haïr sans péché la nature et la grâce de son frère. Haïr chez son frère la faute et ses manquements au bien, relève de l'amour du prochain, car il y a une même raison pour vouloir du bien à quelqu'un et pour haïr le mal qui est en lui. Ainsi donc, si l'on considère de façon absolue la haine de son frère, elle s'accompagne toujours de péché. e » (ST, II-II, q. 34, a. 3, co). « Dans les pécheurs on peut considérer deux choses : la nature et la faute. Par leur nature, qu'ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude, sur la communication de laquelle est fondée la charité, nous l'avons dit. Et c'est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d'être haïs, quels qu'ils soient, fussent-ils père, mère ou proches, comme on le voit en saint Luc (XIV, 26). Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu'ils sont tels, et les aimer en tant qu'ils sont des hommes capables de la béatitude. C'est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, co). « Le prophète haïssait les impies, en tant qu'impies, en détestant leur iniquité, qui est leur mal. C'est la haine parfaite dont il dit (Ps CXXXIX, 22) : "je les haïssais d'une haine parfaite." Or, détester le mal d'un être et aimer son bien ont une même motivation. Aussi cette haine parfaite relève-t-elle aussi de la charité. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad. 1).
Bref, à agir conformément à l’Écriture : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement… Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là. » (Mt. X, 9 et 14-15). « Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l’Église ; et s'il refuse aussi d'écouter l’Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Mt. XVIII, 17).

Quoi donc disent Dieu et l’Église ? Voyons déjà leurs enseignements relatifs au mérite et à sa rétribution.




*




2. Les seules réparations que nous puissions apporter à nos péchés et à ceux d'autrui ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.


1. L'enseignement biblique relatif au mérite. La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite ou démérite par les récompenses (temporelles et) célestes et les tourments (temporels et) infernaux que Dieu accorde ou inflige.


« Il rend à l'homme selon ses œuvres, Il rétribue chacun selon ses voies. » (Jb. XXXIV, 11). « Moi, l’Éternel, j'éprouve le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon ses voies, selon le fruit de ses œuvres. » (Jr. XVII, 10). « Car le Fils de l'homme doit venir avec ses anges dans la gloire de son Père, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » (Mt. XVI, 27). « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait en étant dans son corps. » (II Cor. V, 10).

Donc déjà, à l'intention de Gaudens, de Violine, et d'autres, l'idée selon laquelle Dieu ne damne personne, oubliez-là. Car s'il est vrai que c'est l'homme qui, par son péché, est cause que Dieu le damne, n'en demeure pas moins que c'est Dieu qui le damne. Le péché de l'homme est cause dispositive du jugement de damnation dont Dieu est seule cause efficiente. C'est Dieu qui inflige les peines sempiternelles de dam et de sens - les textes bibliques qui l'affirment sont trop nombreux pour être niés (cf. infra). Au jour de son jugement particulier, l’âme comparait au tribunal de Dieu et du Christ. Elle ne comparait pas pour rendre le jugement, mais pour le subir. L'accusé ne fait qu'admettre sa culpabilité, poussé par une motion divine le conduisant infailliblement à l'admettre. Que le Christ conduise les fautifs à l'aveu de leur crime ne substitue pas au Juge les criminels comparaissant en sa justice. Loin d'être des juges rendant la justice, ils la subissent par décision du Juge. C'est le Christ qui juge l'accusé et lui inflige la peine en l'expédiant pour l'éternité dans les flammes de l'Enfer.

« Car ce Dieu qui sur la terre délivre les hommes sans aucun mérite de leur part, à la fin des siècles rendra à chacun selon ses œuvres. Il rendra le mal pour le mal, parce qu'il est juste ; il rendra aussi le bien pour le mal, parce qu'il est bon ; et le bien pour le bien, parce qu'il est bon et juste ; mais il ne saurait rendre le mal pour le bien, puisqu'il ne peut y avoir en lui aucune injustice. Il rendra donc le mal pour le mal, c'est-à-dire le châtiment pour le péché ; il rendra le bien pour le mal, c'est-à-dire la grâce [de la justification] après le péché ; et enfin il rendra le bien pour le bien, c'est-à-dire la grâce [de la vie éternelle] pour la grâce [qu'est le mérite des œuvres surnaturellement méritoires de la vie éternelle]. » (Saint Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 45).


1. Bénédiction des justes (= des impies que Dieu a miséricordieusement justifiés, et qui ont persévéré jusqu'à leur mort [= et qui sont morts] en cette justice surnaturelle que Dieu leur a infusée) :

« Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » (Ap. III, 21). « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 13). « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. » (Ap. II, 7).

« Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation ; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment. » (Jc. I, 12). « Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. » (I Cor. IX, 24-25). « Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ. Il n'est pas de soldat qui s'embarrasse des affaires de la vie, s'il veut plaire à celui qui l'a enrôlé ; et l'athlète n'est pas couronné, s'il n'a combattu suivant les règles. Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits. » (II Tim. II, 3-6). « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m'est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement. » (II Tim. IV, 7-8).

« Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. » (II Cor. IX, 6).


2. Malédiction des impies (= des impies que Dieu laisse mourir en leur endurcissement) :

« Allez maudits au feu de l'enfer éternel » (Mt. XXV, 41).

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt. XXV, 29-30, en conclusion de la parabole des talents). « Le Roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’était pas revêtu de l’habit de noces. Il lui dit : ‘‘Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit de noces ?’’ Cet homme eut la bouche fermée. Alors le Roi dit aux serviteurs : ‘‘Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.’’ » (Mt. XXII, 2-14).

« Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. » (Lc. XIX, 27).

« Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. » (Ga. VI, 7-8). « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins. De quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit : ‘‘À moi la vengeance, à moi la rétribution !’’ Et encore : ‘‘Le Seigneur jugera son peuple.’’ Ô, c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. » (Hb. X, 28-31). « Qui résistera devant sa fureur ? Qui tiendra contre son ardente colère ? Sa fureur se répand comme le feu, Et les rochers se brisent devant lui. » (Na. I, 6). « Tu as maté les païens, fit périr l’impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais… L’Éternel s’est fait connaître, il a rendu le jugement, il prend l’impie à son propre piège. Que les impies aillent en enfer, tous ces païens qui oublient Dieu. » (Ps. IX, 5, 17-18). « La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots : Et toi, fils d'homme, ainsi parle le Seigneur, l'Éternel, sur le pays d'Israël. Voici la fin ! La fin vient sur les quatre extrémités du pays ! Maintenant la fin vient sur toi. J'enverrai ma colère contre toi. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations. Mon œil sera pour toi sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde ; mais je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel. Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Un malheur, un malheur unique, voici qu’il vient ! La fin vient, la fin vient, elle se réveille contre toi ! Voici, elle vient ! Ton tour arrive, habitant du pays ! Le temps vient, le jour approche, jour de trouble, et plus de cris de joie dans les montagnes ! Maintenant je vais bientôt répandre ma fureur sur toi, assouvir sur toi ma colère. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations, mon œil sera sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde. Je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel, celui qui frappe. (1) » (Ez. VII, 1-9).

(1) Au sens littéral, ce passage annonce la ruine de Jérusalem en - 587. Au sens plénier, la ruine de l'âme damnée par Dieu en son Jugement particulier.


3. « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18).

Car « bien que lui soit "mort pour tous" (II Cor. V, 15), tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18). « Car ceux qu’il a prédiscernés, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils » (Rm. VIII, 29), « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2) ; restant à expliciter comment le DOGME de la Prédestination se concilie au DOGME de la volonté salvifique universelle de « Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II, 3-4).



2. La notion théologique du mérite.


Le mérite est la valeur morale d'un ACTE : d'un acte, pas d'un habitus. Plus précisément, le rapport d'un acte moral à sa rétribution. Un acte moralement bon mérite récompense ; un acte moralement mauvais mérite châtiment ; d'où la distinction des bons mérites et des mauvais mérites ou démérites : « l'Apôtre avait beaucoup mérité, mais en mal » (S. Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 12) ; « avant que cette âme reçût de Dieu sa purification, elle ne méritait rien de bon » (De la grâce et du libre-arbitre, 13).

Les actes dont nous parlons sont des actes seconds (= des actions), plus précisément ceux émanant de la volonté (= des volitions), plus précisément encore ceux de la volonté libre (= des choix). Des actes de libre-choix dont nous sommes responsables. Des actes qui nous engagent spirituellement, aussi anodins pourraient-ils sembler, car toujours porteurs d'une détermination spirituelle en leur instant-même (καιρός).


(1) Au sens actif le mérite s'attribue à l'acte moralement qualifié, et conséquemment à l'agent responsable de ses actes.

Car c'est sur leurs actes que les adultes serons jugés : leurs actes, pas leurs habitus, sinon celui de charité (spécifiée par la foi), et toujours en dépendance des actes qui y disposent (à supposer qu'on puisse mériter de congruo d'être justifié) ou qui en procèdent (les actes de charité théologale étant méritoires de condigno de la vie éternelle).


(2) Au sens passif le mérite est la rétribution, bonne ou mauvaise, que l'agent mérite par ses actions, ce que nous méritons par nos actes.

« Vois, je mets aujourd'hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous prescris en ce jour ; la malédiction, si vous n'obéissez pas aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, et si vous vous détournez de la voie que je vous prescris en ce jour, pour aller après d'autres dieux que vous ne connaissez point. » (Dt. XI, 26-28). « Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd'hui d'aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n'obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui ; car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Dt, XXX, 15-20). « Ainsi parle l’Éternel : Voici, je mets devant vous le chemin de la vie et le chemin de la mort. Celui qui restera dans cette ville mourra par l'épée, par la famine ou par la peste… Car, je dirige mes regards contre cette ville (1) pour faire du mal et non du bien, oracle de l’Éternel, elle sera livrée entre les mains du roi de Babylone, qui la brûlera par le feu… Je vous châtierai selon le fruit de vos œuvres, oracle de l’Éternel, je mettrai le feu à votre forêt, et il en dévorera tous les alentours. » (Jr. XXI, 8-14).

(1) Même remarque que pour Ez. VII, 1-9.


(a) Le Ciel se mérite.

« Il faut proposer la vie éternelle à la fois comme la grâce miséricordieusement promise par le Christ Jésus aux fils de Dieu et "comme la récompense", que Dieu, selon la promesse qu'il a faite lui-même, accordera à leurs œuvres bonnes et à leurs mérites… Cependant, loin de nous de penser que le chrétien se confie ou se glorifie en lui-même et non pas dans le Seigneur (I Co. I, 31 ; II Co. X, 17) dont la bonté envers les hommes est si grande qu'il veut que ses dons soient leurs mérites. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 16). Bref, « la doctrine du mérite complète et couronne le dogme de la grâce. » (DTC, Mérite, col. 576). Le pélagianisme (et dans une moindre mesure le pharisaïsme) est la doctrine des œuvres (donc du mérite) sans la grâce ; le protestantisme celle de la grâce sans les œuvres ; le catholicisme celle des œuvres méritoires gracieusement opérées par la grâce : les mérites sont des grâces résultant synergiquement de la coopération de la volonté à l'action de la grâce. Bref, l'homme doit gagner Gagner son Paradis.

Qu'on distingue comme deux habitus distincts ou qu'on assimile comme un seul et même habitus la grâce sanctifiante et la charité, en tout état de cause ils sont si étroitement solidaires que l'un ne va pas sans l'autre : alors même que les habitus de foi et d'espérance ne sont pas perdus par la perte de la grâce sanctifiante, l'infusion et la perte de la grâce sanctifiante impliquent ou sont celles de la charité : nul n'a la charité s'il n'a la grâce sanctifiante, nul n'a la grâce sanctifiante s'il n'a la charité. De sorte que recevant de Dieu la justification par l'infusion de charité, charité que Dieu infuse à des degrés divers en ceux qu'il justifie, il appartient ensuite à l'homme, par son mérite découlant de ses actes de charité (et de ses actes impérés par ceux de charité), de recevoir un accroissement d'intensité de sa charité et conséquemment un accroissement d'intensité quant au degré de sa gloire céleste. Ainsi le degré de gloire sera proportionné au degré des mérites surnaturels obtenus ici-bas par les actes de charité de celui trouvé justifié à sa mort. Les actes de charité accomplis ici-bas ont donc un double mérite : ils méritent l'accroissement in statu via de l'intensité de la charité ; ils déterminent in statu terminis le degré de gloire.


(b) L'Enfer est la rétribution divine du démérite final.

Gloire que l'homme ne méritera qu'à mourir en état de grâce. En effet, le mérite découlant de la charité, la charité perdue, aussi le mérite de cette charité passée. Dit autrement, les mérites de la charité ne sont pas suspendus mais perdus par le péché mortel.
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La question de la reviviscence (= résurrection) des mérites passés ne se pose que pour ceux qui, après avoir été justifiés, et ayant ensuite perdu leur justification en péchant mortellement, ont retrouvé ici-bas, sacramentellement par absolution sacramentelle valide, extra-sacramentellement par contrition parfaite, la justification par la réinfusion de la grâce sanctifiante qu'est la charité (variante : par la réinfusion de la grâce sanctifiante et de la charité). À retrouver la charité après l'avoir perdue, retrouve-t'on les anciens mérites surnaturels de la charité perdue ? C'est la question de la reviviscence des mérites passés, à laquelle les théologiens répondent différemment, certains par l'affirmative, d'autres par la négative. Je n'ai pas d'opinion sur le sujet.
« Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ? Toute sa justice sera oubliée, parce qu'il s'est livré à l'iniquité et au péché ; à cause de cela, il mourra. » (Ez. XVIII, 24). « Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, il mourra à cause de cela. » (Ez. XXXIII, 18). De sorte qu'à mourir en état de péché mortel vous serez damné nonobstant vos mérites passés. « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ … Les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
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Ainsi parle Gaudens : « Pour le dire clairement, j’ai l’impression nette d’avoir entamé un chemin qui pourrait bien me mener à la perte de la foi. Plusieurs sujets de préoccupation m’y ont certainement conduit : ... conscience de l’impossibilité pour ma part d’adhérer à une certaine théologie... On aura compris qu’il s’git de la revendication de la vindicte éternelle de Dieu contre les pêcheurs pouvant condamner ceux-ci à la damnation éternelle, j’allais dire pour un oui ou non. Un non, plus précisément, non à Dieu jusqu’au terme de la vie (entouré de membres incroyants de ma famille, vivants ou morts, cela ne m’est pas indifférent), ou encore parce que tombés dans un péché de type mortel, même après une vie belle et même sainte,… non suivi de repentir ultérieur. »

Gaudens avait pourtant en l'Écriture la pleine réponse à son propos : « Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ? Toute sa justice sera oubliée, parce qu'il s'est livré à l'iniquité et au péché ; à cause de cela, il mourra. » (Ez. XVIII, 24). « Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, il mourra à cause de cela. » (Ez. XXXIII, 18). Voilà pour la parfaite orthodoxie de la doctrine qui lui répugne.

Si cela lui suffit à apostasier, ou du moins ou à rejoindre un quelconque vestige ecclésial schismatique et hérétique (et attention, les fidèles de celui auquel il pense sont farouchement traditionalistes, de sorte que, le connaissant, il risquerait très vite de devoir quitter sa nouvelle demeure), qu'il médite ce passage de l’Écriture : « Il y a maintenant plusieurs antéchrists : par là nous connaissons que c'est la dernière heure. Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin qu'il fût manifeste que tous ne sont pas des nôtres. » (I Jn. II, 18-19). Bref, confronté au discours de Gaudens, la seule charité qu'on puisse lui faire, c'est de lui rappeler de commencer par croire pour espérer ensuite comprendre. Je dis bien de commencer à croire, car avant d'envisager de perdre la foi, il faudrait commencer par l'avoir... Car de toute évidence, autant Gaudens a la foi explicite aux articles fondamentaux du Christianisme, autant il s'oppose (à tout le moins matériellement) à la foi catholique.
« Et parce que l'iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 12-13).

Seront damnés ceux n'ayant pas persévéré jusqu'à la fin : « Par cette constitution qui restera à jamais en vigueur, et en vertu de l'autorité apostolique nous définissons : Que … Et que … Et que … Et que … En outre nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines éternelles, et que néanmoins au jour du jugement tous les hommes comparaîtront avec leurs corps "devant le tribunal du Christ" (II Cor. VI, 10) pour rendre compte de leurs actes personnels, "afin que chacun reçoive le salaire de ce qu'il aura fait pendant qu'il était dans son corps, soit en bien, soit en mal" (II Cor. V, 10). Que nos définitions ou déterminations susmentionnées, ainsi que chacune d'elles, soient tenues par tous les fidèles. Quiconque par la suite, en connaissance de cause, prétendra tenir, affirmer, prêcher, enseigner ou défendre par la parole ou par écrit une divergence ou une contradiction avec nos dites définitions ou déterminations, sera poursuivi comme un hérétique selon la procédure appropriée. Par conséquent, il est interdit à quiconque d’enfreindre cette page de notre définition et Constitution ou d’y faire obstacle de manière téméraire. Quiconque oserait tenter cela doit savoir qu’il encourra la colère du Dieu Tout-Puissant et des saints apôtres Pierre et Paul. » Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus, 29 janvier 1336).
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Ici encore, attardons-nous sur la prose de Gaudens : « En tout cas ce qui me semble inacceptable, ce sont des affirmations radicales comme " le péché mortel non suivi de repentir damne immanquablement "(pardon de ne pas citer des mots exacts que je n'ai pas le loisir de rechercher mais le sens y est).Il serait acceptable dire qu'un tel péché est damnable, que le pécheur y risque la damnation,etc... mais pas se mettre ainsi à la place de Dieu en décidant irrévocablement du sort éternel des pécheurs.Nous ne sommes pas Dieu à qui sont réservés la totalité de la sagesse, du jugement et de la miséricorde. S'abriter des derrière des formulations conciliaires ne légitime pas non plus notre outrecuidance:il faudrait appliquer aux formulations conciliaires les mêmes outils d'exégèse utilisés pour l’Écriture. Un concile dit telle et telle chose (en grec ou en latin,au demeurant , d'où des biais linguistiques qui ont occasionné de sérieux schismes aux premiers siècles de l’Église...) mais aussi en fonction de la manière de s'exprimer et de concevoir tel ou tel concept en leur époque. »

Outre que l’Église, par ses définitions de foi, est légitime et non pas outrecuidante à nous dire la volonté de Dieu, je mets Gaudens au défi de démontrer quoi, dans le texte latin de la définition de foi qu'il conteste, contredirait la traduction ici donnée. Voici le texte latin : « Diffinimus insuper, quod secundum communem Dei ordinationem animae decedentium in actuali mortali peccato mox post mortem suam ad Inferna descendunt, ubi poenis infernalibus cruciantur et quod nichilominus in die iudicii omnes nomine ante tribunal Christi cum suius corporibus comparebunt (II Cor 6,10), reddituri de factis propriis rationem, ut referat unusquisque propria corporis prout gessit sive bonum sive malum (II Cor 5,10). »

De toute évidence notre ami cherche des alibis à son dissentiment, prétextant se réfugier dans un apophatisme de façade pour mieux contredire l'autorité de Dieu révélant ainsi que les définitions de foi de l’Église enseignante. Qui donc ici est outrecuidant ?

Pour l'amour de Dieu et de lui-même, qu'il médite l'avis pontifical donné immédiatement suite à la définition : « Que nos définitions ou déterminations susmentionnées, ainsi que chacune d'elles, soient tenues par tous les fidèles. Quiconque par la suite, en connaissance de cause, prétendra tenir, affirmer, prêcher, enseigner ou défendre par la parole ou par écrit une divergence ou une contradiction avec nos dites définitions ou déterminations, sera poursuivi comme un hérétique selon la procédure appropriée. Par conséquent, il est interdit à quiconque d’enfreindre cette page de notre définition et Constitution ou d’y faire obstacle de manière téméraire. Quiconque oserait tenter cela doit savoir qu’il encourra la colère du Dieu Tout-Puissant et des saints apôtres Pierre et Paul. »
Nous mourrons (= serons damnés, cf. Ap. XX, 14 et XXI, 18), si dans l'entre-temps séparant la perte de la grâce sanctifiante de la mort physique, Dieu ne nous absout pas en considération sacramentelle ou extra-sacramentelle de notre repentir. « Au bout de sept jours, la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots : ‘‘Fils d'homme, je t'établis comme sentinelle sur la maison d'Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : ‘'Tu mourras !’', si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant, et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son iniquité, mais toi, tu sauveras ton âme. Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est mal, je mettrai un piège devant lui, et il mourra ; parce que tu ne l'as pas averti, il mourra dans son péché, on ne parlera plus de la justice qu'il a pratiquée, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu'il ne pèche pas, il vivra, parce qu'il s'est laissé avertir, et toi, tu sauveras ton âme. » (Ez. III, 16-21). « Si vous ne faites pas pénitence, vous mourez tous. » (Lc. XIII, 5). « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » (Mt. III, 10). « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit. » (Jn. XV, 2). « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn. XV, 6). « Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.» (Lc. XIII, 7-9). « Voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha ; mais il n'y trouva que des feuilles, et il lui dit : Que jamais fruit ne naisse de toi ! Et à l'instant le figuier sécha. » (Mt. XXI, 19). « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : ‘‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.’’ Les sages répondirent : ‘‘Non, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
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Ces passages, et d'autres encore, prouvent que c'est Dieu, par son Christ, qui inflige la peine sempiternelle de dam et les peines sempiternelles de sens. Pourquoi donc certains professent que Dieu ne damne personne ? Parce qu'ils refusent de croire ce que Dieu leur dit être donc est, tant la Vindicte de Dieu leur semble abominable car leur paraissant absolument contraire à sa Miséricorde. Mais s'ils eussent cru en la parole de Dieu, ils auraient conséquemment compris comment de l'Amour, de l'Amour de Dieu pour Dieu qu'est Dieu, procèdent ad extra tant sa Miséricorde que sa Vindicte (ainsi d'ailleurs que l'évident primat de la Miséricorde sur la Vindicte). Mais il leur eût fallu commencer par croire en la Vindicte, puisqu'elle nous est formellement révélée. Refusant d'y croire, car préférant s'imaginer un dieu tel qu'ils voudraient à Dieu tel qu'il se dit être donc est, il ne pouvaient conséquemment comprendre, et sombrèrent dans ces dénégations hérétiques pseudo-catholiques post-catholiques. « Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu'Isaïe a dit encore : ‘’Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux, qu'ils ne comprennent du cœur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » (Jn. XII, 39). S'applique donc à eux ces paroles de l’Écriture : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » (Is. VII, 9 - LXX) ; étant à craindre, s'ils s'obstinent jusqu'à tomber dans l'incrédulité formelle, que s'applique encore à eux la suivante : « Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. » (Jn. VIII, 42-44).


3. La distinction des bons mérites selon qu'ils soient de condigno ou de congruo : Dei potestas omnibus congrua et condigna retribuens.


« L'ineffable puissance de la majesté divine suffit pour gouverner le monde, et en rendant à chacun ce qui lui convient et ce qui lui est dû (Dei potestas… omnibus congrua et condigna retribuens), il ne laisse dans tout son empire rien de désordonné, rien de déplacé. » (Saint Augustin, Du libre-arbitre, III, xii, 35).

« Les théologiens distinguent deux sortes de bon mérite : le mérite de condigno, quand la valeur de l’œuvre égale directement la valeur de la récompense, et le mérite de congruo, qui est celui d’une chose qui ne vaut pas la récompense qu’on lui accorde. Dans le premier cas, la récompense est due à titre de justice, et le mérite est propre et absolu ; dans le second, la récompense n’est accordée que par convenance, et elle est l’effet de la libéralité de celui qui la donne, et on ne la mérite ainsi qu’improprement. »

:!: En affirmant que nos œuvres peuvent surnaturellement mériter de condigno l'accroissement de la grâce (in statu via) et la vie éternelle (in statu terminis), en faisant donc du mérite surnaturel (au sens passif = récompense) tout à la fois une grâce (un don surnaturel) et un dû, le catholicisme n'attente aucunement à l'absolue gratuité des dons surnaturels ; la dette n'étant que de Dieu à lui-même. Ce n'est pas à nous mais à lui-même que Dieu doit la rétribution (la récompense) du bon mérite surnaturel (au sens actif = l’œuvre méritoire de la récompense). Il la doit à lui-même, par fidélité à sa parole libéralement donnée. Bref, le mérite de condigno est fondé sur la véracité et la justice de Dieu fidèle à sa généreuse promesse de rétribuer les actes qu'il déclare mériter. Tout à l'inverse le mérite de congruo repose sur sa seule libéralité divine, car il excède la récompense à laquelle Dieu est tenu par sa justice. Peut-on encore parler de mérite ? Oui, mais par manière impropre de parler. Oui, puisqu'il faut bien que Dieu trouve dans l’œuvre assez de bien pour la rétribuer ; mais improprement, la rétribution dépassant ce à quoi Dieu s'est engagé.

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« Mérite et récompense ont le même objet. La récompense en effet est la rétribution que l'on donne à quelqu'un en compensation de son œuvre ou de son effort : elle en est en quelque sorte le prix. Et de même que donner un juste prix pour une chose reçue est un acte de justice, ainsi en est-il quand on récompense, en les rétribuant, une œuvre ou un effort. Or la justice consiste en une sorte d'égalité, comme l'enseigne Aristote. Ainsi donc la justice proprement dite a sa place là où il y a égalité proprement dite. Pour ceux entre qui il n'y a pas égalité proprement dite, il n'y a pas non plus entre eux de justice proprement dite, il ne peut y avoir qu'une certaine sorte de justice, comme on parle de droit paternel ou de droit dominatif, remarque Aristote. C'est pourquoi là où se trouve le "juste" au sens strict, on trouve aussi le mérite et la récompense au sens strict de la notion [= mérite de condigno]. Là au contraire où le "juste" ne se trouve qu'en un sens diminué la notion de mérite ne s'applique pas au sens strict, mais en un sens diminué [= mérite de congruo], pour autant que quelque chose y subsiste encore de la notion de justice : c'est en ce sens diminué que le fils mérite quelque chose de son père, l'esclave de son maître. Or il est évident qu'entre Dieu et l'homme, il y a le maximum d'inégalité, car entre eux il y a une distance infinie, et tout le bien qui appartient à l’homme vient de Dieu. De l’homme à Dieu, il ne peut donc y avoir une justice supposant une égalité absolue, mais seulement une certaine justice proportionnelle, en ce sens que l'un et l'autre agissent selon le mode d'action qui leur est propre. Or le mode et la mesure des puissances d'activité de l'homme lui sont donnés par Dieu. C'est pourquoi le mérite [de condigno] de l’homme auprès de Dieu ne peut se concevoir qu'en présupposant l'ordination divine [= la grâce sanctifiante donnée pour que les œuvres humaines soient surnaturellement méritoires de condigno de la récompense à laquelle la grâce les ordonne] ; ce qui signifie que l'homme, par son opération, obtiendra de Dieu, à titre de récompense, ce à quoi Dieu lui-même a ordonné la faculté par laquelle il opère. » (Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, ST, I-II, 114, 1, co).

« Notre action n'étant méritoire qu'en vertu de l'ordination divine, qui lui est antérieure, le mérite [de condigno] ne rend pas Dieu débiteur à notre égard, mais à l'égard de lui-même : en ce sens qu'il faut que l'ordination qu'il a imprimée aux créatures soit accomplie. » (ST, I-II, 114, 1, sol. 3).
:!: De sorte enfin qu'alors que la rétribution du bon mérite de condigno est certaine, celle du mérite de congruo ne l'est pas (en ce sens que nous ne savons pas si l’œuvre sera regardée par Dieu comme suffisante à mériter de congruo la récompense qui l'excède en justice) : on peut l'espérer, mais sans certitude d'être exaucé. Ainsi à être en état de grâce et à intercéder pour autrui en état de péché mortel, votre prière sera d'autant plus puissante que votre charité (= votre amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu biblique de la foi théologale) sera intense, selon qu'il est écrit : « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc. V, 16). Néanmoins, espérant une chose à laquelle Dieu ne s'est pas engagé, l'incertitude d'être exaucé, selon qu'il est écrit : « L’Éternel me dit : ''Quand bien même Moïse et Samuel (1) intercéderaient devant moi, je ne serais pas favorable à ce peuple. Chasse-le loin de ma face, qu'il s'en aille !'' » (Jr. XV, 1). Le mérite de congruo excédant la récompense à laquelle Dieu est tenu par sa justice, une incertitude quant au fait que nos œuvres surnaturellement bonnes puissent mériter (de congruo) ce que Dieu n'est pas en justice tenu de récompenser. Mais malgré cette incertitude il nous faut l'espérer, en considération de la Bonté de « Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II, 3-4). Pour reprendre l'exemple précédent, il est évident que plus vous serez saint, plus Dieu sera favorable à vos prières, pour donner à autrui la grâce de la conversion et de la justification ; de sorte que plus sera ardente la clameur embrasée de votre charité, plus puissantes seront les grâces de conversion méritées congruement pour autrui, restant sauve la possibilité qu'autrui s'y dérobe, quoiqu'il risquera d'autant moins de s'y dérober qu'elles seront puissantes.

(1) Dont l’Écriture atteste qu'ils furent de très puissants intercesseurs.



4. Quoi pouvez-vous mériter ?


1° Qui est en état de péché mortel ne peut mériter de condigno d'être justifié.

La raison en est simple. La justification de l'impie (= de celui qui est en état de péché mortel) se fait par l'infusion de la grâce habituelle et sanctifiante. Or la récompense de l'œuvre méritoire de condigno est strictement proportionnée à sa valeur morale. Aucun acte humain, aussi naturellement bon qu'il soit, posé en état de péché mortel, ne peut donc mériter de condigno l'infusion de la grâce sanctifiante, puisqu'elle est une réalité surnaturelle excédant les capacités naturelles de l'homme. Il en va de même quant aux actes disposant surnaturellement l'impie à la justification de Dieu opère : posés en état de péché mortel, ils ne peuvent mériter de condigno ce à quoi ils disposent.

Cette grâce par laquelle l'impie devient juste, est justifié, cette grâce par laquelle s'opère la justification de l'impie cessant de l'être par cette justification-même, c'est la grâce habituelle et sanctifiante : c'est un habitus surnaturel infus (grâce habituelle), pas un influx surnaturel transitoire (grâce actuelle).
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« Mais bien que lui soit "mort pour tous" (II Cor. V, 15), tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. En effet, de même qu'en toute vérité les hommes ne naîtraient pas injustes s'ils ne naissaient de la descendance issue corporellement d'Adam, puisque, quand ils sont conçus, ils contractent une injustice personnelle par le fait qu'ils descendent corporellement de lui, de même ils ne seraient jamais justifiés s'ils ne renaissaient pas dans le Christ, puisque, grâce à cette renaissance, leur est accordé par le mérite de sa Passion la grâce par laquelle ils deviennent justes. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3).

« En effet, bien que personne ne puisse être juste que si les mérites de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ lui sont communiqués, c'est cependant ce qui se fait dans la justification de l'impie, alors que, par le mérite de cette très sainte Passion, la charité de Dieu est répandue par l'Esprit Saint dans les cœurs de ceux qui sont justifiés et habite en eux. Aussi, avec la rémission des péchés, l'homme reçoit-il dans la justification même par Jésus Christ, en qui il est inséré, tous les dons suivants infus en même temps : la foi, l'espérance et la charité [= l'infusion des HABITUS de foi, d'espérance, de charité ; comme appert de la justification baptismale des bambins incapables de poser les moindres ACTES de foi, d'espérance, de charité].. Car la foi à laquelle ne se joignent ni l'espérance ni la charité n'unit pas parfaitement au Christ et ne rend pas membre vivant de son corps. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 7).

« Lorsque l'Apôtre dit que l'homme est "justifié par la foi" et gratuitement (Rm. III, 22-24), il faut comprendre ces mots dans le sens où l'a toujours et unanimement tenu et exprimé l’Église catholique, à savoir que si nous sommes dits être justifiés par la foi, c'est parce que "la foi est le commencement du salut de l'homme", le fondement et la racine de toute justification, que sans elle "il est impossible de plaire à Dieu" (He. XI,6) et de parvenir à partager le sort de ses enfants (II P. I, 4) ; et nous sommes dits être justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite [de condigno] cette grâce de la justification. En effet "Si c'est une grâce, elle ne vient pas des œuvres ; autrement (comme le dit le même Apôtre) la grâce n'est plus la grâce" (Rm.XI 6). » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, Chap. 8).

2° Qui est en état de grâce peut mériter de condigno, pour lui-même, l'accroissement de la grâce (en cette vie) et la vie éternelle (en l'autre).
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« Ainsi donc, ceux qui ont été justifiés et sont devenus "amis de Dieu" (Jn. XV, 15) et "membres de sa famille" (Eph. II, 19), marchant "de vertu en vertu" (Ps. LXXXIII, 8), se renouvellent de jour en jour (II Cor. IV, 16) en mortifiant les membres de leur chair (Col III, 5) et en les présentant comme des armes de justice pour la sanctification (Rm VI, 13-19) par l'observation des commandements de Dieu et de l’Église. Ils croissent dans cette justice reçue par la grâce du Christ, la foi coopérant aux bonnes œuvres (Jc. II, 22), et ils sont davantage justifiés selon ce qui est écrit : "Celui qui est juste, sera encore justifié" (Ap. XXII, 11), et aussi : "Ne crains pas d'être justifié jusqu'à la mort" (Si. XVIII, 22), et encore : "Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule" (Jc. II, 24). Cet accroissement de justice, la sainte Église le demande quand elle dit dans la prière : "Seigneur, augmente en nous la foi, l'espérance et la charité." » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 10).

« Il en est de même du don de la persévérance. Il est écrit à son sujet : "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Mt. X, 22 ; XXIV, 13). Cela ne peut se faire que par celui qui "a le pouvoir de maintenir celui qui est debout pour qu'il continue de l'être" (Rm. XIV, 4), et de relever celui qui tombe. Que personne donc ne se promette rien de sûr avec une certitude absolue, bien que tous doivent placer et faire reposer dans le secours de Dieu la plus ferme espérance. Car Dieu, s'ils ne sont pas infidèles à sa grâce, mènera à son terme la bonne œuvre, comme il l'a déjà commencée (Ph. I, 6), opérant en eux le vouloir et le faire (Ph. II, 13). Pourtant que ceux qui se croient être debout veillent à ne pas tomber (I Cor. X, 12) et travaillent à leur salut avec crainte et tremblement (Ph. II, 12) dans les fatigues, les veilles, les aumônes, les prières et les offrandes, dans le jeûne et la chasteté (II Cor. VI, 5-6). Sachant en effet qu'ils sont nés de nouveau dans l'espérance de la gloire (I P. I, 3) mais qu'ils ne sont pas encore dans la gloire, ils doivent avoir des craintes concernant le combat qui leur reste contre la chair, contre le monde, contre le diable, combat dans lequel ils ne peuvent être vainqueurs que si, avec la grâce de Dieu, ils obéissent aux paroles de l'Apôtre : "Nous ne sommes plus tenu, vis-à-vis de la chair, de vivre selon la chair. Si vous vivez, en effet, selon la chair, vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez" (Rm. VIII, 12-13). » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 13).

« C'est donc dans cette perspective qu'il faut proposer aux hommes justifiés, qu'ils aient sans cesse gardé la grâce reçue ou qu'ils l'aient recouvrée après l'avoir perdue, les mots de l'Apôtre : "Soyez riches de toute œuvre bonne, sachant que votre labeur n'est pas vain dans le Seigneur" (I Cor. XV, 58), car "Dieu n'est pas injuste au point d'oublier ce que vous avez fait et la charité dont vous avez fait preuve en son nom" (He. VI, 10), et : "Ne perdez pas votre confiance, elle aura une grande récompense" (He. X, 35). Et c'est pourquoi, à ceux qui agissent bien "jusqu'à la fin" (Mt X, 22 ; XXIV, 13) et qui espèrent en Dieu, il faut proposer la vie éternelle à la fois comme la grâce miséricordieusement promise par le Christ Jésus aux fils de Dieu et "comme la récompense", que Dieu, selon la promesse qu'il a faite lui-même, accordera à leurs œuvres bonnes et à leurs mérites. Telle est, en effet, "la couronne de justice " dont l'Apôtre disait qu'elle lui était "réservée après son combat et sa course et lui serait donnée par le juste juge, non seulement à lui, mais aussi à tous ceux qui attendent avec amour son avènement". (II Tim. IV, 7-8). Le Christ Jésus lui-même communique constamment sa force à ceux qui ont été justifiés, comme la tête aux membres (Eph. IV, 15), comme le cep aux sarments (Jn. XV, 5), force qui toujours précède, accompagne et suit leurs bonnes œuvres, et sans laquelle celles-ci ne pourraient en aucune manière être agréables à Dieu et méritoires. Aussi faut-il croire qu'il ne manque rien d'autre aux justifiés eux-mêmes pour qu'ils soient estimés avoir pleinement satisfait à la Loi de Dieu, dans les conditions de cette vie, par ces œuvres qui ont été faites en Dieu (Jn. III, 21), et avoir vraiment mérité d'obtenir en son temps la vie éternelle, si toutefois ils meurent dans la grâce (Ap. XIV, 13). Le Christ notre Sauveur ne dit-il pas : " Si quelqu'un boit de l'eau que je lui donnerai, il n'aura jamais soif ; elle deviendra en lui une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle" (Jn. IV, 14) ? Ainsi notre justice personnelle n'est pas établie comme venant personnellement de nous (II Cor. III, 5), et la justice de Dieu n'est ni méconnue ni rejetée (Rm. X, 3). En effet cette justice est dite nôtre, parce que nous sommes justifiés par cette justice qui habite en nous ; et cette même justice est celle de Dieu, parce qu'elle est répandue en nous par Dieu et par les mérites du Christ. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 16).

3° Qui est en état de grâce ne peut mériter de condigno la justification d'autrui ; peut éventuellement la mériter de congruo, ou ne la pas mériter, au libre-choix de Dieu soupesant la valeur véritable de vos œuvres.
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Le Christ, dont la grâce sanctifiante découle de la découle de la grâce d'union hypostatique, a par sa Croix mérité de condigno de pouvoir nous infuser la grâce sanctifiante. C'est en expiant sur la Croix pour les péchés du genre humain que le Christ a, de condigno, mérité de pouvoir tous nous justifier ; encore que l'application des mérites de la Passion du Christ n'est faite qu'en ceux-là seuls que Dieu justifie. Car « bien que lui soit "mort pour tous" (II Cor. V, 15), tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). Mais ceux qui sont ainsi justifiés par le Christ ne peuvent mériter de condigno la justification d'autrui. Car il faudrait que l’œuvre méritoire du justifié ait suffisamment de mérite pour valoir de condigno l'expiation des fautes d'autrui (et conséquemment la justification d'autrui), condignité qui n'appartient qu'au mérite de la Passion qui nous sauve : le Christ est l'unique rédempteur du genre humain ! « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous. » (I Tim. II, 5-6). « Il n'y a de salut en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (Ac. IV, 12). « Et c'est pour cela qu'il est le médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis. » (He. IX, 15).De sorte que la co-rédemption mariale du genre humain, si elle existe, n'est que de congruo. Et parce que la rédemption passe par la Croix, ce n'est qu'autant qu'embrasé du feu de la charité divine vous épousiez la Croix que vous pourrez mériter de congruo le salut de vos proches, pour autant qu'ils ne soient pas réfractaires à la grâce de conversion que vous leur méritez de congruo.

En ST, I-II, q. 114 a. 6 co, Thomas dit que celui qui est en grâce sanctifiante peut mériter de congruo la grâce actuelle pour autrui. Il commence par le nier au sed contra : « Dieu dit en Jérémie (XV, 1) : "Même si Moïse et Samuel se tenaient devant ma face, je n'aurais pas pitié de ce peuple." Et pourtant c'étaient des hommes de très grand mérite devant Dieu. Il semble donc que nul ne peut mériter pour un autre la première grâce. » Il affine ensuite comme suit au corps de l’article : Celui qui est en état de grâce mérite de condigno pour lui-même, en tant que la grâce sanctifiante exerce sa volonté à s’exercer ; et mérite de congruo pour lui-même en tant que sa volonté exercée par la grâce s’exerce à sa volition. Mais seul le Christ-homme peut mériter de condigno pour autrui, puisqu’il est par grâce le seul sauveur du genre humain. Les autres hommes en état de grâce ne peuvent donc que mériter de congruo pour autrui. « D'après ce que nous avons dit, on voit que ce que nous faisons a raison de mérite à deux titres. Premièrement en vertu de la motion divine qui fait qu'elles sont méritoires de condigno (meretur aliquis ex condigno). Il y a une autre raison de mérite, selon qu’il procède du libre arbitre en tant que nous agissons volontairement. De ce côté il y a un mérite de congruo (et ex hac parte est meritum congrui), parce qu’il est congruent (quia congruum est) que lorsque l'homme fait bon usage de son pouvoir, Dieu agisse plus excellemment selon la surexcellence de son pouvoir. D’où appert que nul ne mériter de condigno la première grâce pour autrui sinon le Christ. Chacun de nous en effet est mû par Dieu par le don de la grâce, afin de parvenir lui-même à la vie éternelle ; et il s’ensuit que le mérite de condigno ne s'étend pas au-delà de cette motion. L'âme du Christ au contraire fut mue par Dieu au moyen de la grâce non seulement afin de le faire parvenir lui-même à la gloire de la vie éternelle, mais afin d'y conduire les autres, comme tête de l'Église et auteur de notre salut… Mais on peut mériter pour un autre la première grâce d'un mérite de congruo. Parce que l’homme en état de grâce accomplit la volonté de Dieu, il convient, selon la proportion fondée sur l'amitié, que Dieu accomplisse sa volonté du salut d'un autre. Pourtant il peut arriver qu'il y ait un obstacle de la part de celui dont un saint désire la justification. À un tel cas s'applique la parole de Jérémie citée plus haut. »

4° Qui est en état de péché mortel peut-il mériter de congruo que Dieu le justifie ?

(1) Pour la négative.

Répondent par la négative les théologiens qui, à la suite de saint Thomas d'Aquin, estiment que le mérite de congruo n'existe qu'en dépendance du mérite de condigno. Quand saint Thomas d'Aquin écrit que l'œuvre méritoire de l'homme peut doublement mériter, de congruo selon qu'elle procède du libre-arbitre, de condigno selon qu'elle procède de la grâce, il envisage un seul et même acte humain, accomplit sous l'effet de la grâce habituelle et sanctifiante, auquel il attribue un double mérite, de congruo en tant qu'acte humain, de condigno en tant que procédant de la grâce sanctifiante. De sorte qu'à n'être pas en état de grâce, est impossible de mériter de congruo.

  • « L’œuvre méritoire de l'homme peut être envisagée à un double point de vue : soit en tant qu’elle procède du libre arbitre ; soit en tant qu’elle procède de la grâce du Saint-Esprit. Si on la considère en elle-même et en tant qu’elle procède du libre arbitre, il ne peut y avoir mérite de plein droit en raison d’une trop grande inégalité (non potest esse condignitas, propter maximam inaequalitatem). Mais l’on peut parler de convenance [congruence], à cause d’une certaine égalité proportionnelle (Sed est congruitas, propter quandam aequalitatem proportionis) ; il apparaît convenable (videtur enim congruum) qu’à l’homme qui agit selon son pouvoir Dieu réponde en le récompensant excellemment selon son pouvoir à Lui. Mais si nous parlons de l’œuvre méritoire en tant qu’elle procède de la grâce du Saint-Esprit, elle est méritoire de condigno de la vie éternelle (sic est meritorium vitæ æternæ ex condigno). » (ST, I-II, 114, 3, co).
Ce principe a toutefois son tempérament. En effet, l'acte disposant ultimement à la justification de l'impie est à la fois, quoique sous des rapports différents (donc sans contradiction), tout à la fois antécédent et conséquent à la justification, comme appert de la lecture thomiste des chapitres 6 et 7 du Décret sur la justification du Concile de Trente :
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6. « Les hommes sont disposés à la justice elle-même lorsque, poussés et aidés par la grâce divine, concevant en eux la foi qu'ils entendent prêche, ils vont librement vers Dieu, croyant qu'est vrai tout ce qui a été divinement révélé et promis et, avant tout que Dieu justifie l'impie "par sa grâce, au moyen de la Rédemption qui est dans le Christ Jésus" (Rm. III, 24) ; lorsque, aussi, comprenant qu'ils sont pécheurs et passant de la crainte de la justice divine, qui les frappe fort utilement, à la considération de la miséricorde de Dieu, ils s'élèvent à l'espérance, confiants que Dieu, à cause du Christ, leur sera favorable, commencent à l'aimer comme source de toute justice, et, pour cette raison, se dressent contre les péchés, animés par une sorte de haine et de détestation, c'est-à-dire par cette pénitence que l'on doit faire avant le baptême ; lorsque, enfin, ils se proposent de recevoir le baptême, de commencer une vie nouvelle et d'observer les commandements divins. De cette disposition [à la justification] il est écrit : "Celui qui approche de Dieu doit croire qu'il est et qu'il récompense ceux qui le cherchent" (Hb. XI, 6)… »

7. « Cette disposition ou préparation est suivie par la justification elle-même, qui n'est pas seulement rémission des péchés, mais à la fois sanctification et rénovation de l'homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons. Par là, d'injuste l'homme devient juste, d'ennemi ami, en sorte qu'il est "Héritier, en espérance, de la vie éternelle" (Tt III, 7)… En effet, bien que personne ne puisse être juste que si les mérites de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ lui sont communiqués, c'est cependant ce qui se fait dans la justification de l'impie, alors que, par le mérite de cette très sainte Passion, la charité de Dieu est répandue par l'Esprit Saint dans les cœurs de ceux qui sont justifiés et habite en eux. Aussi, avec la rémission des péchés, l'homme reçoit-il dans la justification même par Jésus Christ, en qui il est inséré, tous les dons suivants infus en même temps: la foi, l'espérance et la charité. Car la foi à laquelle ne se joignent ni l'espérance ni la charité n'unit pas parfaitement au Christ et ne rend pas membre vivant de son corps. Pour cette raison, l'on dit en toute vérité que la foi sans les œuvres est morte et inutile (cf. Jc. II, 17-20, et que dans le Christ Jésus ni la circoncision, ni l'incirconcision n'ont de valeur, mais la foi "qui opère par la charité" (Ga. V, 6 ; VI, 15). »

Les thomistes disent donc que le même acte de charité est à la fois cause dispositive ultime à la justification et effet de cette justification, puisque nul n'est uni au Christ, et ainsi justifié, sans avoir reçu l'habitus de charité d'où l'acte de charité procède.
Le même acte étant logiquement envisagé (sous des rapports différents) comme disposant à et résultant de la justification, en tant qu'il en résulte, il mérite de condigno et de congruo (comme expliqué ci-avant), quoiqu'il ne puisse être dit la mériter de congruo en tant qu'on l'envisage comme y disposant. Reste pourtant que c'est le même acte, de sorte qu'on puisse dire qu'il mérite de congruo la justification à laquelle il dispose, en précisant qu'il ne la mérite de congruo que parce qu'il en résulte.


(2) Pour l'affirmative.

C'est la position de la première scolastique franciscaine. Saint Jean Bonaventure, Docteur de l'Église, affirme en son Commentaire des Sentences (in II Sent., dist. 27, a. 2, q. 3) comme saint Thomas d'Aquin en sa Somme de théologie (I-II, 114, 3, co), que l'acte méritoire de condigno l'est aussi de congruo. Mais il affirme encore qu'un acte nullement méritoire de condigno peut mériter de congruo la justification de qui l'opère. Cette doctrine était également celle du jeune Thomas, en son propre Commentaire des Sentences.
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En II Sent. d. 27 q. 1 a. 4 co, Thomas affirme que « Le don de la grâce ne peut aucunement être soumis au mérite [de condigno] de celui qui se trouve dans sa pure condition naturelle, et encore moins de celui qui est abaissé par le péché. Cependant, les bonnes actions qui ont été accomplies avant le don de la grâce [sanctifiante] ne sont pas privées d’une récompense qui leur est proportionnée : elles causent une certaine aptitude à la grâce (habilitatem ad gratiam) ».

En II Sent. d. 27 q. 1 a. 4 ad. 2, il précise que le don de la grâce sanctifiante ne relève pas de la justice commutative mais distributive de Dieu.

En II Sent. d. 27 q. 1 a. 4 ad. 4, Thomas répond à l’objection qui suit. Soit Dieu donne la grâce sanctifiante à qui en est digne, qui donc la mérite de condigno. Soit à celui qui en est indigne, ce qui serait un manque de sagesse à l’instar de ceux donnant des perles aux cochons. Il répond que nul n’est digne d’un tel don, nul ne peut mériter de condigno l’infusion de la grâce sanctifiante en son âme ; aussi Dieu donne-t-il la grâce sanctifiante aux indignes, non pas sottement à ceux qui en sont totalement indignes, mais libéralement à ceux qui n’en sont pas suffisamment dignes. Ceux totalement indignes sont ceux dont la volonté s’oppose à la grâce sanctifiante. Ceux pas assez dignes sont ceux dont la volonté, sans être surélevée par la grâce sanctifiante, ne s’y opposent pas mais s’y disposent. De ces derniers « on dit qu’ils méritent de congruo la grâce (ex quo dicuntur quodammodo ex congruo gratiam mereri) ».

En II Sent. d. 27 q. 1 a. 4 ad. 4, Thomas précise ce qu’il entend par mérites de congruo. Ce ne sont pas des mérites à proprement parler (des mérites de condigno), mais des aptitudes, autrement dit des dispositions au don de la grâce sanctifiante. « La puissance de la matière est proportionnée à la réception de la forme ; aussi les dispositions et les aptitudes de celui-là peuvent-elles être appelées des mérites [de congruo]. Mais la grâce [sanctifiante] dépasse toute proportion de la nature ; aussi les actes naturels ne peuvent-ils être appelés des mérites [de condigno] eu égard à la grâce [sanctifiante], mais seulement des dispositions éloignées. »
Cette tradition scolastique a été attaquée par les théologiens protestants qui y ont vu un « néo-semipélagianisme ». Ils eussent mieux étudié, ils auraient vu que saint Bonaventure affirme ces actes méritoires être posés, non sous l'effet du concours général de Dieu (d'ordre naturel), mais sous celui d'une grâce actuelle (d'ordre surnaturel).

La vraie question est de savoir si l'acte moralement doté d'une bonté d'ordre naturel (par ex. le fait que le paien aime ses enfants) est méritoire de congruo de l'infusion de la grâce sanctifiante (assertion fausse au regard de Mt. V, 46-47), de sorte qu'il y dispose immédiatement ; ou s'il n'en est qu'une disposition éloignée, méritoire de congruo d'une grâce actuelle lui donnant, s'il y coopère, de poser des actes surnaturels de foi et d'espérance, dispositions surnaturelles prochaines à la justification (comme appert du ch. 6 du Décret sur la justification). Quant à ces actes surnaturels de foi et d'espérance théologales, loin qu'ils suffisent à mériter de congruo la justification, ils ne peuvent que mériter de congruo une grâce actuelle sous l'effet de laquelle l'homme pose enfin l'acte de charité, à la fois cause dispositive ultime et immédiate à la justification et effet de cette justification. Les actes méritoires de congruo du don de la grâce sanctifiante s'étagent donc sur trois niveaux : 1° actes naturellement bons, posés sous l'effet d'une motion divine relevant du concours général de Dieu, et constitutifs d'une disposition naturelle éloignée à la justification ; 2° actes surnaturellement bons, posés sous l'effet d'une grâce actuelle, et constitutifs par leur mérite de congruo d'une disposition surnaturelle prochaine à la justification ; acte de charité, surnaturellement bon, résultant d'une grâce pensée tout à la fois comme actuelle et disposant ultimement à la justification, et comme habituelle et sanctifiante en laquelle la justification s'opère.

Nous pouvons ainsi mieux comprendre la portée d'un adage célèbre : À celui qui fait ce qu'il peut, Dieu ne refuse pas la grâce. On sait qu'aujourd'hui certains enseignent l'existence de chrétiens anonymes, méconnaissant quelle est la la foi nécessaire au salut, en niant la nécessité de la foi explicite aux articles fondamentaux de la foi chrétienne pour le salut.


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Sans quoi l’offensé est un arrogant ou un simulateur, il a une intention cachée de désespérer, d’humilier, de rabaisser, de soumettre en rendant impossible ce qu’il demande, il manquerait de munificence. Il y aurait 2 poids 2 mesures…
Quant à savoir quoi pouvez-vous mériter, et à quelles conditions, voyez supra.

Quant au reste, loin d'être arrogant, il est Saint. C'est à raison de l'Amour de Dieu pour Dieu qu'est Dieu, amour nécessaire et infini de nécessité absolue de nature, que Dieu a librement décidé que seule la Passion de son Fils nous délivrerait de la damnation, serait méritoire de condigno de tout le genre humain.
(Dans cette optique, le sacrifice du Christ serait quand même nécessaire pour nous montrer en effet la voie et attester de son amour.)
Que répondez-vous à cela ?
D'abord que la Passion ne s'imposait pas : elle résulte d'un libre-choix de Dieu.

Ensuite que votre propos démontre la haute convenance à ce que Dieu exigea la Passion. L'attestation de l'amour de charité créée - la charité incréée étant Dieu ; la charité créée une grâce du Christ-homme - est selon l'ordre même de l'amour de charité, amour théologal, amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu biblique de la foi théologale. Avant que la Passion soit un acte d'amour miséricordieux du Christ pour les pécheurs, elle est d'abord un acte d'amour du Christ-homme pour Dieu, le vrai Dieu, Dieu le Père, raison de la Déité et principe sans principe de la Trinité. Cet amour du Christ-homme pour Dieu, quoi pouvait mieux l'attester que l'acceptation de la Croix ?

Il y a un double aspect dans la Rédemption opérée par le Christ. C’est l’homme qui est racheté, en recevant, par la Passion, le pardon de Dieu. De ce point de vue, la Rédemption est ordonnée au salut de l’homme, donc à l’homme. Mais l’homme ne peut être la fin dernière absolue des œuvres divines : Dieu est leur seule fin. Le rachat de l’homme est donc d’abord relatif à Dieu, à la Vindicte qu’est Dieu, Vindicte payée par la Passion. La Passion est œuvre de satisfaction à la Vindicte (satisfaction vicaire) ordonnée à la Miséricorde (l’application aux élus – élection à la grâce / élection à la gloire – des mérites du Christ). C’est en tant qu’elle rachète l’homme à la Vindicte que la Passion est délivrance : c’est par le Rachat que s’opère le Salut. La délivrance de la souillure du péché et de la dette de peine éternelle qu’elle implique est consécutive à la Passion ; le Pardon n’étant accordé qu’après réparation ou satisfaction ou expiation, par la Passion, de l’offense à Dieu qu’est le péché.
Vous acceptez donc la possibilité d’une justification extra sacramentelle ? Je pensais que non… Je suppose alors que cette possibilité vous la faites courir jusque devant le juge et tant qu’il n’a pas prononcé sa sentence, ou je me trompe ?
La justification extra-sacramentelle par contrition parfaite va de soi, Car de même que l'acte de charité est à la fois cause dispositive à la justification et effet de la justification qu'il opère, de même la contrition parfaite, fille de la charité.

Et elle est possible jusqu'à l'instant de votre dernier souffle, pour autant qu'une grâce de conversion vous soit alors donnée (il n'y a pas d'automatisme), et que vous y coopériez.
Dans la mesure où les mérites sont dits suspendus par la perte de l’état de grâce, c’est qu’ils ne sont pas perdus !
Ils ne sont pas suspendus mais perdus. La seule question, débattue, est de savoir si après les avoir perdus on peut les retrouver, une fois de nouveau justifié.
S’ils ne sont pas recouvrés avec la grâce, cela voudrait dire qu’ils ont servi de substitution (ou d’atténuation) au châtiment, ou que dans la communion des saints (réversibilité des mérites) ils ont été affectés à d’autres, ce qui est assez pervers.
Mais non.

Tant que vous êtes en état de grâce, vous pouvez reverser le bénéfice de vos mérites à un tiers. Mais à perdre l'état de grâce, vous perdez du fait même le principe du bon mérite surnaturel de vos actes.

Ce qui est perdu n'est pas le bien que vous avez fait en étant en état de grâce, mais son mérite, la récompense surnaturelle que vous méritiez par ce bien (= par vos actes de charité posés en état de grâce). Mais étant désormais en état de péché mortel, loin de mériter (de condigno) la vie éternelle ou quelque autre bien pour le prochain ou pour vous-même, vous ne méritez désormais plus que les châtiments de l'Enfer. Vous me voyez ici suivre l'opinion dominicaine : il est impossible de mériter un bien surnaturel, fut ce de congruo, alors qu'on est en état de péché mortel. Mais vous pouvez opter pour l'opinion de la première scolastique franciscaine : alors même qu'encore en état de péché mortel, vous pouvez mériter de congruo la grâce de la justification, pour ensuite justifié mériter de congruo des grâces pour autrui.

La question de la reviviscence des mérites porte sur un point précis : puisque le degré de gloire que les élus reçoivent au Ciel est proportionnel à l'amour qu'ils ont eu pour Dieu, le mérite de nos anciens amours est-il retrouvé en retrouvant la grâce, de sorte que notre gloire céleste ne soit pas diminuée par les péchés commis dans l'intervalle.
D’où ma question : considérez-vous que les mérites puissent avoir valeur d’indulgence et « effacer la peine », ou que ce sont 2 domaines étanchent et qu’ils ne concernent que la place ou le degré de béatitude future ?
Pour autant que vous soyez en état de grâce, vous pouvez mériter de congruo que Dieu efface leur dette de peine éternelle et temporelle. De sorte que, quant à la dette de peine à souffrir au Purgatoire, vos mérites peuvent valoir indulgence partielle ou plénière.

Mais ne tombons pas dans l'illusion. Si « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc. V, 16), elle ne peut pas tout, même à être aux cimes de la sainteté : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant ma face, je n'aurais pas pitié de ce peuple » (Jr. XV, 1).
Etablissez-vous (ou d’autres qui ont eu cette idée) une distinction d’étanchéité selon que l’on se trouverait ici-bas, en état de grâce ou pas, à la porte de l’enfer, du purgatoire ou du ciel ?
Je ne comprends pas cette phrase.
Par ailleurs, étant donné qu’on ne se sauve pas sans mérite, cela voudrait dire qu’il faudrait attendre d’en acquérir un après une absolution pour vraiment retrouver totalement la grâce !? (Sans doute, sauf dans le cas d’un baptême où les mérites du Christ remplacent les nôtres… ?)
Vous avez dans les explications données plus haut la réponse à cette question. Vous méritez (de congruo & de condigno) votre justification au moment-même où Dieu l'opère.
retrouver rapidement la contrition parfaite après une chute mortelle me semble inévident.
C'est à la grâce de Dieu.
J’ai été surpris que PP ne vois cite pas Ezéchiel (33, 17-20)
C'est désormais chose faite.



Sur ce, permettez moi un long silence.
Bonne continuation.

:croix:
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

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Bonjour PP,

merci pour ce fil et vos réponses.
J’y distingue 3 parties.
La première répond à une question que je formule depuis un certain temps sur ce forum sans en obtenir de vraie réponse, et plus pour interpeller, en attendant de voir si la réponse aux multiples ressorts que j’y porte moi-même sera bien comprise et accessible.
Vous êtes le premier à la reformuler et essayer d’y répondre ainsi :
Perlum Pimpum a écrit : dim. 21 sept. 2025, 15:57 Il est inutile de débattre pour savoir si, de puissance absolue (= dans un ordre providentiel autre que celui librement choisi par Dieu), l'acte d'un homme (autre que Dieu le Fils fait homme) aurait pu être agréé par Dieu jusqu'à mériter de condigno la Rédemption du genre humain. Inutile puisque de puissance ordonnée (= dans l'ordre actuel de la Providence, qui relève du Libre-choix de Dieu) l'Expiation précède la Rédemption : si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit (Jn. XII, 24). La Rédemption n'est qu'en conséquence la Passion, Expiation infinie (par la dignité de la victime) des offenses infinies (par la dignité de l'offensé). N'importe quel acte de l'homme qu'est Dieu le Fils aurait-il pu valoir Rédemption, chacun étant infiniment méritoire ? Question oiseuse, puisqu'en l'ordre actuel de la Providence, le seul que nous connaissions, Dieu a subordonné la Rédemption à l'Expiation : Dieu est allé jusqu'à exiger la Passion de son Fils.

Or ce n’est pas de cela dont il s’agit de débattre…
Vous écrivez ensuite :
»Perlum Pimpum » a écrit : dim. 21 sept. 2025, 15:57 1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu’il a été jusqu’à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent.
2. De sorte que, de puissance ordonnée, les seules réparations que vous puissiez apporter à vos péchés et à ceux d’autrui (cf. Col. I, 24) ne sont qu’en dépendance des mérites de la Passion du Christ.
Et en effet, c’est là la version officielle, à ceci près que cela va un peu trop vite dans la compréhension de ce qu’est la volonté de Dieu concernant cette Passion : pourquoi ne serait-ce pas seulement le fruit d’une volonté de Permission !?
    • Le fait qu’il y ait eu des prophéties ne montre qu’une chose : que Dieu savait déjà que cela se passerait ainsi, mais cela n’a pas valeur d’approbation. Il suffit de consulter d’autres prophéties pour l’admettre.
      Et tout ce que la théologie a « construit » ou déduit de ce qui s’est passé n’a rien de faux pour autant que cela s’appuie sur ce qui s’est passé. Mais cela laisse encore ouvert bien des espaces à la mystique !
      La délicatesse de Dieu a fait qu’il ne nous a rien reproché, mais nous si, parfois, en nous trompant et en faisant porter la responsabilité sur « les juifs » pour nous défausser !
Dire cela, ce n’est pas pour autant renier l’enfer et la damnation : tout le message des évangiles en tient compte et pour cela nous apprend comment et pourquoi L’aimer, car c’est l’amour et la foi qui nous en sauvent. Ce n’est donc pas nier ce que vous appelez la vindicte.
Pour reprendre votre propos, voilà ce que croire m’appelle à comprendre !
Et en cela Jésus nous a montré comment faire « contre mauvaise fortune, bon cœur » en allant jusqu’à offrir sa vie pour ses amis.

Quand alors vous écrivez ;
»Perlum Pimpum » a écrit : dim. 21 sept. 2025, 15:57 De même, à nier la Vindicte, la nécessité de la contrition (en tant qu'inclusive de la pénitence et de la conversion) disparait, comme aussi le devoir d'aimer Dieu en agissant conformément à sa loi, puisqu'enfin, si la transgression de la loi n'est pas châtiée, pourquoi faire l'effort du combat spirituel, de l'abnégation de soi par amour de Dieu ? Au final, sous couvert de prêchi-prêcha, somme de bondieuseries ânonnantes, une occultation des fins dernières, tant quant aux peines de l'Enfer que quant à celles redoutables du Purgatoire.

Je ne suis pour autant pas d’accord, car il peut y avoir de la contrition sans vindicte, la vindicte n’est bonne que pour ceux pour qui l’amour ne suffit pas pour se corriger et comprendre qu’ils ont failli et le regretter, et qu’ils devront mieux faire. La nécessité du châtiment serait même contreproductive avec eux. Il ne s’agit pas là de prêchi-prêcha, ni d’une somme de bondieuseries ânonnantes, ni d’une occultation des fins dernières. Pourquoi faudrait-il que la peur soit notre moteur ? Ne savez-vous pas que la contrition parfaite, non seulement cela existe mais cela seul permet d’accéder au ciel directement et donc à vivre ici-bas la réalité de Sa présence qui est promise et certaine, garantie ?
  • Relisez Son testament spirituel, car je ne vous ferai pas l’offense de citations…
    Votre remarque « pourquoi faire l'effort du combat spirituel ? » est totalement déplacée pour ceux qui ont compris, donc qui ont cru !
    Ce n’est pas eux qui sont « en dehors du coup », mais vous qui vous contentez d’une’ logique de rattrapage que de plus en plus de personnes jugent détestables et à laquelle elles n’adhérent plus !
    Non, ce n’est pas en cela « faire l’ange » ni trouver un préteste pour « faire des bêtises ».
    Non plus faire de la vindicte un « délire pseudo-orthodoxe malsain et mesquin », mais une nécessité dans laquelle il nous faut éviter de tomber !
    Et ce n’est pas là non plus « nier ce que Dieu dit être », au contraire !
Pour autant, je ne dis pas que vous ayez totalement tort dans vos rappels, car si vous n’avez pas trouvé de contredit solide chez certains (vous vous adressez à moi par prétexte pour vous adresser encore à eux !), c’est qu’en partie au moins ce que vous écrivez donne du vrai et du bon les concernant, mais… sans aucune efficacité !
Je vais donc vous aider à comprendre pourquoi vous « ratez votre cible : relisez 2 Pierre (2 : 10-11) et Jude : « Pourtant, ceux-là aussi, en délire, souillent la chair, méprisent la Seigneurie, blasphèment les Gloires. Pourtant, l'archange Michel, lorsqu'il plaidait contre le diable et discutait au sujet du corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui un jugement outrageant, mais dit: "Que le Seigneur te réprime!" Quant à eux, ils blasphèment ce qu'ils ignorent; et ce qu'ils connaissent par nature, comme les bêtes sans raison, ne sert qu'à les perdre. »
Autrement dit, en dépit de la distinction qu’intellectuellement vous faites, vos traitez le pécheur comme le péché.

Dans la citation qu’hier vous me donniez de David sur un autre fil, David se parle à lui-même, il ne s’adresse pas aux autres pour instrumentaliser leur présence à ses fins personnelles. Même s’il n’est pas assez parfait pour correspondre à ce que vous écrivez plus loin :
«Au contraire, il faut louer les parfaits, dont il n'y a point à redouter la perversion, d'entretenir des relations avec les pécheurs afin de les convertir. C'est ainsi que le Seigneur mangeait et buvait avec les pécheurs, comme on le voit en saint Matthieu (IX, 10). Cependant tous doivent éviter de fréquenter les pécheurs en s'associant à leurs péchés ; c'est ainsi qu'il est dit (II Co. VI, 17) : "Sortez du milieu de ces gens-là, et ne touchez rien d'impur" en consentant au péché. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad. 5). »
, il n’empêche que dans la vie courante, nous n’avons le plus souvent pas la possibilité de « sortir » et par conséquent nous avons l’obligation par ne serait-ce que politesse et qui doit devenir charité, de répondre d’une perfection qui nous dépasse, juste le temps nécessaire à ce que la grâce puisse agir – pour nous comme pour eux.
Il faut pour cela "prendre sur soi", et si cela relève d'une "petite vertu", elle a néanmoins de grandes conséquences et s'avère indispensable dans la vie sociale. Cette "croix" ne doit pas en être une, toute la difficulté se tient là pour vous.
  • C’est aussi cela, se reconnaitre pécheur, pas produire de grandes déclarations comme « Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu'ils sont tels, et les aimer en tant qu'ils sont des hommes capables de la béatitude. ! »
    Et c’est cela, pratiquer l’humilité… Mais si vous leur faites comprendre qu’en cela, vous « entretenez une perversion », alors si, vous vous mettez au-dessus d’eux et ils ne le supportent pas ! D’autant que ce sera pour eux le signe qu’en réalité, vous ne valez pas mieux mais refusez de le considérer… Votre belle ici déclaration où vous le reconnaissez, manque trop dans les faits de crédibilité.
Bon, j’arrête là sur le sujet car en réalité j’ai embrayé sur la seconde partie de votre post et qui concernait avant tout d’autres membres.

Vous me faites penser à la Russie contre l’Ukraine. Vous bombardez à tout va mais sans précision, et au niveau du front ils tiennent parce qu’ils ont compris vos vulnérabilités (je vous l’ai signalé hier).
J’ai embrayé car à mon sens, ce qui leur manque, c’est précisément la façon dont je réponds moi à cette question du premier point précédent, mais ils en sont encore dans l’ignorance, et à défaut il est sinon patent que vous auriez une certaine supériorité sur eux, n’étaient vos vulnérabilités.

J’ignore si j’y reviendrai ultérieurement, mais j’ai besoin de prendre du recul et de retrouver du champ avant d’aborder la troisième partie de votre post qui était ce qui m’intéressait le plus de connaître.
Par conséquent la suite sera pour une prochaine fois.
Portez-vous bien d'ici là - il n'y aura pas beaucoup à attendre, en principe demain matin.
cmoi
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Re: La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

Message non lu par cmoi »

Bonjour PP,

l'intervention tierce de Gaudens me conduit à ne vouloir ici plus que réagir sur vos réponses à mes questions que vous aviez vous-même éveillées en écrivant que c'était un point dont discutaient encore des théologiens, que de savoir si les mérites perdus après la perte de l'état de grâce se retrouvaient quand on avait retrouvé cet état de grâce.
Vous dites n'avoir aucun avis personnel sur la question, ce qui tombe bien car ainsi pourrez-vous prendre du recul.

Permettez-moi de douter de la sainteté de certains théologiens quand ils défendent certains avis. C'est pourquoi je préfère des noms, et que j'écouterai plus volontiers les propos de ceux qui appartiennent à des saints.
Dire qu'ils sont de toute façon perdus, et non suspendus, c'est déjà postuler pour leur perte, à ces mérites, et cela enlève tout sens à pouvoir dire ensuite qu'ils pourront être retrouvés car c'est évoquer une sorte de reviviscence (dites-vous) qui n'a rien de probante : leur bien a bien existé, comme vous l'écrivez vous-même par ailleurs, et ne pourra tel disparaitre aux yeux de qui est éternel.
Cette prétendue neutralité théologique fait en réalité droit à ce qu'ils soient perdus, ce qui pour être vrai supposerait que, à supposer que l'âme aille en enfer, ces mérites passés n'atténueront pas sa peine - ce qui serait vraiment insulter la bonté et la justice de Dieu - pour parler comme vous.
Il est beaucoup plus probant d'estimer qu'ils seront recouvrés avec la grâce, et qu'entre temps agissait une mesure conservatoire pour inciter à la recouvrer.
Sans quoi, toutes ces distinctions dont vous faites état sont intéressantes et "forment l'esprit", mais Dieu est au-dessus d'elles et rien n'empêche qu'il y fasse exception dans les faits et chacun d'entre nous étant à ses yeux un cas particulier. Elles ne sont qu'une tentative pour exprimer un certain équilibre de justice, qui sans doute représente "le cas général", mais ne sommes-nous pas tous des exceptions !
Il est néanmoins plaisant de vous voir énumérer les cas et défendre son honneur et sa munificence, ce qui montre votre intérêt sur un sujet à l'égard duquel beaucoup en préfèrent d'autres, et cela mérite notre respect.

Malgré tout j'éprouve à présent le besoin de revenir sur vos démonstrations. Elles reprennent la pureté de la doctrine et à cela il n'y a rien à redire. Le problème vient par la façon dont au lieu d'arrondir les angles, vous les rendez tranchants.
Ainsi dites-vous que Dieu "exige" etc. Ce qui peut être un effet de style mais n'en est pas un pour vous. Du coup, ce qui était un équilibre n'est plus équilibré : il n'y a plus l'Amour. Et non, cette remarque ne veut pas dire que pour autant est refusée ce que vous appelez (et l'expression même est là encore problématique) la vindicte.
Ce n'est là qu'un exemple et qu'il faudrait plus développer (le faire trop est souvent contre-productif), mais les conséquences de cette légère dérive qui au départ peut n'être qu'une forme de politesse et d'adoration, sont énormes.
Et apparemment suffisent à désespérer un Gaudens.
Je crois bon, pour prendre cet exemple, qu'au-delà de ce qui l'a fait réagir avec parfois excès, et pas que lui car l'excès était autant de votre côté, vous repreniez précisément ce qui vous semble à la racine de non pas le mal de notre siècle, mais précisément le sien, et non à travers une théorie dont il n'aurait pas su restituer l'intégralité, et qu'au lieu de l'abattre par une théorie intègre, vous cherchiez à le relever comme il vous est arrivé de l'essayer envers ceux qui avouaient leurs faiblesses.
Pourquoi l'estimer lui de plus mauvaise foi (car à l 'égard de son désir de plaire à Dieu), parce qu'il est choqué par ce qui en effet est en vos discours problématique - serait-ce par mimétisme à l'égard de lectures au style suranné et vieillot dont vous ne mesurez pas bien l'inadéquation avec le temps présent : c'est à vous de faire l'effort de conversion de vocabulaire, au moins quand ce n'est qu'une question de vocabulaire, et il ne s'agit pas là de style littéraire.
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Re: La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

Message non lu par Fée Violine »

Perlum Pimpum a écrit : dim. 21 sept. 2025, 15:57
Fée Violine a écrit : dim. 13 juil. 2025, 18:36 Cher Gaudens, je ne crois pas non plus à ce dieu (qui ne mérite pas de majuscule) mesquin, vindicatif et antipathique. Et je n'ai pas pour autant l'impression de perdre la foi !
Dieu mesquin... Ou comment injurier Dieu sous couvert de l'honorer...
Cher PP, c'est vous que j'injuriais et non pas le Seigneur, bien évidemment. Tout le monde l'a certainement compris.
Désolée, mais je ne fais que reprendre votre vocabulaire.
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Re: La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)

Message non lu par Perlum Pimpum »

« À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. » (Rm. XII, 19, citant Dt. XXXII, 35).

Mais ce Dieu là, puisque vindicatif, Dieu des vengeances, est antipathique et mesquin. D'où donc qu'il n'est pas ce qu'il dit être donc est...



Nombreux sont aujourd’hui les hérétiques, satellites et ministres de l’ennemi du genre humain, qui, souillant l’Église qu’ils intrusent, nient la Passion être une expiation pénale.

Ce par fausse conception de l’Amour, de l’Amour de Dieu pour Dieu qu’est Dieu. Ne comprenant pas que l’Amour de Dieu pour Dieu est au principe de ses œuvres (Is. XLVIII, 11, Pr. XVI, 4), lesquelles n’ont, par décision divine, d’autre fin dernière surnaturelle absolue que Dieu aimé de Dieu (cf. Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution Dei Filius, chapitre 1 et canon I, 5), ils nient que le Dieu des miséricordes soit le Dieu des vengeances. Ils ne comprennent pas que de cet Amour infini de Dieu pour Dieu qu’est Dieu, Charité incréée infinie par essence, découle tant la Vindicte, châtiant le désamour de Dieu suprêmement aimé de Dieu, que la Miséricorde, ordonnée à Dieu en nous réordonnant à Lui. Le primat est assurément à la Miséricorde (Ez. XVIII, 21-23, 32 ; I Tm. II, 4 ; Rm. V, 6-8), laquelle seule permet aux enfants de colère par nature (Eph. II, 3) d’être réordonnés à Dieu par grâce, afin que la réalisation de la fin dernière surnaturelle absolue pour laquelle Dieu nous crée, Dieu-même, glorifié par ses saints l’aimant de charité spécifiée par vision intuitive, soit réalisée en son dessein d’élection nous soustrayant à l’inexorable Vengeance. Car la Vindicte, fruit de l’Amour de Dieu pour Dieu qu’est Dieu châtiant ceux qui ne L’aiment pas, est elle aussi assurément certaine, comme appert d'une multitude de versets bibliques (tel Ez. VII, 1-9, qui au sens plénier désigne la ruine de l’âme trouvée en état de péché mortel en son jugement particulier puis dernier). Nous proclamons la Miséricorde et la Vindicte de Dieu, « une année de grâce de l'Éternel et un jour de vengeance de notre Dieu » (Is. LXI, 2). La figure de l’Agneau immolé (Ap. V, 12) est celle du bouc émissaire chargé des péchés de son peuple, sacrifice d’expiation et holocauste (Lv. XVI, 1-34) offert à Dieu pour le salut du peuple. « Méprisé et abandonné des hommes, Homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé. Et nous l'avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie ; et l’Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, et il n'a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent. Il n'a point ouvert la bouche. Il a été enlevé par l'angoisse et le châtiment. Et parmi ceux de sa génération, qui a cru qu'il était retranché de la terre des vivants et frappé pour les péchés de mon peuple ? On a mis son sépulcre parmi les méchants, son tombeau avec le riche, quoiqu'il n'eût point commis de violence, et qu'il n'y eût point de fraude dans sa bouche. Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance. Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, Il verra une postérité et prolongera ses jours, et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains. À cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards. Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes, et il se chargera de leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands. Il partagera le butin avec les puissants, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs, parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, et qu'il a intercédé pour les coupables. » (Is. LIII, 3-12).

Que la Passion du Christ soit une expiation pénale de la dette de peine éternelle due pour tout péché mortel, preuve en est encore qu’alors même qu’absous de cette dette par l’application des mérites de la Passion au saint tribunal de la Pénitence, une dette de peine temporelle est encore à expier, en cette vie ou en l’autre (Purgatoire). Le « tribunal de la Pénitence » (Catéchisme du Concile de Trente, deuxième partie, chapitre 23, section 2) n’est certes pas un tribunal de colère et de peine, mais un tribunal de miséricorde (par l’absolution de la faute mortelle et l’exonération de sa dette de peine éternelle) et de peine (par l’infliction d’une pénitence visant à satisfaire à la dette de peine temporelle encore à expier). Cette dette de peine temporelle encore à expier.

« Enfin pour ce qui est de la satisfaction : parmi toutes les parties de la pénitence, autant elle a été de tout temps recommandée au peuple chrétien par nos Pères, autant, à notre époque, elle est extrêmement attaquée, sous couvert essentiellement de piété, par ceux qui ont les apparences de la piété, mais renient ce qui en est la force. Le saint concile déclare donc qu'il est totalement faux et contraire à la Parole de Dieu de dire que la faute n'est jamais remise par le Seigneur sans que la peine entière soit aussi gracieusement remise. On trouve, en effet, dans la sainte Écriture des exemples évidents et bien connus qui, en dehors de la tradition divine, réfutent très manifestement cette erreur. Assurément le caractère de la justice divine semble exiger que ceux qui ont péché par ignorance avant le baptême rentrent en grâce autrement que ceux qui, une fois délivrés de l'esclavage du péché et du démon, après avoir reçu le don du Saint-Esprit, n'ont pas craint de violer sciemment le Temple de Dieu et de contrister l'Esprit Saint. Il convient que la clémence divine ne nous remette pas nos péchés sans aucune satisfaction si bien que, saisissant l'occasion et estimant nos péchés assez légers, nous tomberions dans de plus graves, faisant outrage et injure à l'Esprit Saint, et amassant contre nous des trésors de colère pour le jour de la colère. Sans aucun doute, en effet, ces peines expiatoires écartent grandement du péché, retiennent comme un frein, et rendent les pénitents plus prudents et plus vigilants pour l'avenir ; elles sont aussi un remède pour les séquelles du péché et enlèvent les habitudes vicieuses prises par une mauvaise vie en faisant accomplir des actions vertueuses opposées à ces habitudes. Et aucune voie n'a jamais été estimée plus sûre dans l’Église de Dieu pour écarter la peine dont menace le Seigneur que de se consacrer assidûment à ces œuvres de pénitence avec une vraie douleur de cœur. À cela s'ajoute que, en souffrant lorsque nous satisfaisons pour nos péchés, nous devenons conformes au Christ Jésus qui a satisfait pour nos péchés lui de qui vient notre capacité, ayant aussi l'assurance très certaine que si nous souffrons avec lui, avec lui nous serons glorifiés. Mais cette satisfaction, que nous acquittons pour nos péchés, n'est pas nôtre de telle sorte qu'elle ne soit pas par Jésus Christ ; en effet nous qui, de nous-mêmes, ne pouvons rien qui vienne de nous, avec l'aide de celui qui nous rend forts, nous pouvons tout. Ainsi l'homme n'a rien dont il se glorifie, mais toute notre glorification est dans le Christ, en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes fruits de pénitence qui tirent de lui leur force, sont offerts par lui au Père et sont acceptés grâce à lui par le Père. Les prêtres du Seigneur doivent donc, autant que l'esprit et la prudence le suggéreront, imposer les satisfactions salutaires et qui conviennent, en rapport avec la nature des péchés et les possibilités des pénitents. S'ils venaient à fermer les yeux sur les péchés et à se montrer trop indulgents avec les pénitents en imposant des œuvres très légères pour des fautes très graves, ils participeraient aux péchés des autres. Qu'ils aient devant les yeux la pensée que la satisfaction qu'ils imposent ne vise pas seulement à sauvegarder la vie nouvelle et à guérir la faiblesse, mais aussi à venger et châtier les péchés passés. En effet, les anciens Pères eux aussi croient et enseignent que le pouvoir des clés a été accordé aux prêtres non pas seulement pour délier, mais aussi pour lier. Et ils n'ont pas, à cause de cela, estimé que le sacrement de la pénitence était un tribunal de colères et de peines - ce qu'aucun catholique n'a jamais pensé - ni que, par de telles satisfactions de notre part, était ou obscurcie ou diminuée en partie la force du mérite de notre Seigneur Jésus Christ. En ne voulant pas comprendre cela, les novateurs enseignent de telle manière que la meilleure pénitence est une vie nouvelle, qu'ils suppriment toute force propre à la satisfaction et tout recours à celle-ci. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur le sacrement de Pénitence, chapitre 8). « Le concile enseigne encore que si étendue est la munificence divine, que non seulement les peines que nous nous infligeons spontanément en châtiment du péché ou qui sont imposées par la volonté du prêtre selon la mesure de la faute, mais aussi (ce qui est la plus grande marque d'amour) que les épreuves temporelles infligées par Dieu et supportées par nous dans la patience, peuvent satisfaire auprès de Dieu le Père par le Christ Jésus » (Chapitre 9).

« La Satisfaction est le paiement intégral d’une dette: Car qui dit satisfaction, dit une chose à laquelle rien ne manque. Par exemple, en matière de réconciliation, satisfaire signifie accorder à un cœur irrité tout ce qu’il faut pour le venger de l’injure qu’on lui a faite. D’où il suit que la satisfaction n’est pas autre chose que la compensation, (ou réparation) de l’injure faite à quelqu’un. Et pour en venir à l’objet qui doit nous occuper ici, les Docteurs de l’Église ont employé ce mot de Satisfaction pour exprimer cette compensation qui s’établit, lorsque l’homme paie quelque chose à Dieu pour les péchés qu’il a commis. Et comme cette compensation peut avoir plusieurs degrés différents, on a distingué aussi plusieurs sortes de Satisfaction. La première et la plus excellente est celle qui a payé suffisamment à Dieu tout ce que nous devions pour nos péchés, quand même il aurait voulu traiter avec nous en toute rigueur de justice. Mais nous ne regardons comme telle que la Satisfaction qui a apaisé Dieu et nous L’a rendu propice. Et c’est à Jésus-Christ seul que nous en sommes redevables. Car c’est Lui qui sur la Croix a payé la dette de nos péchés, et a satisfait surabondamment à la justice de Dieu pour nous. Rien de créé n’aurait pu être d’un pria assez grand pour nous libérer d’une dette si considérable. Mais, comme dit Saint Jean : « Jésus-Christ est Lui-même la Victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour tes nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. » Cette Satisfaction est donc pleine et complète. Elle est proportionnée d’une manière parfaite et adéquate au poids de tous les crimes qui ont été commis, et qui se commettent en ce monde. C’est elle seule qui donne du prix et du mérite à nos actions devant Dieu... Une autre espèce de Satisfaction est celle que l’on appelle canonique, et qui s’accomplit dans un temps fixe et déterminé. C’est un usage suivi dés la plus haute antiquité dans l’Église, d’infliger quelque peine aux pénitents, lorsqu’ils reçoivent l’Absolution de leurs péchés, et l’accomplissement de cette peine s’est toujours appelé Satisfaction. Enfin on donne encore le nom de Satisfaction à toutes les peines que nous subissons pour nos péchés, sans les recevoir des mains du Prêtre, mais en nous les imposant nous-mêmes, et en nous les infligeant par notre propre volonté. Mais ces peines ne font point partie du sacrement de Pénitence. Celles-là seules lui appartiennent qui nous sont imposées par l’autorité du Prêtre, pour payer à Dieu ce que nous Lui devons pour nos péchés: encore faut-il que nous ayons dans l’âme la résolution très sincère et très ferme de faire tous nos efforts pour éviter de l’offenser à l’avenir. En effet quelques-uns ont dit que satisfaire, c’est rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. Mais il est évident que nul ne peut Lui rendre cet honneur, s’il n’est résolu à fuir absolument le péché. Par conséquent satisfaire, c’est détruire les causes du péché, et lui fermer l’entrée de nos cœurs. » (Catéchisme du Concile de Trente, deuxième partie, chapitre 24, section 1).
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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