La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite (ou démérite)
Publié : dim. 21 sept. 2025, 15:57
Bonjour,
Je réponds ici à Cmoi.
Ainsi qu'à Gaudens, puisse cette réponse lui apporter la paix.
Dans la mesure où la rétribution du mérite est autant celle du bon mérite que du mauvais mérite ou démérite, de sorte, quant au démérite, que sa rétribution est châtiment, ce post traitera de la Vindicte en traitant du mérite.
Il est inutile de débattre pour savoir si, de puissance absolue (= dans un ordre providentiel autre que celui librement choisi par Dieu), l'acte d'un homme (autre que Dieu le Fils fait homme) aurait pu être agréé par Dieu jusqu'à mériter de condigno la Rédemption du genre humain. Inutile puisque de puissance ordonnée (= dans l'ordre actuel de la Providence, qui relève du Libre-choix de Dieu) l'Expiation précède la Rédemption : si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit (Jn. XII, 24). La Rédemption n'est qu'en conséquence la Passion, Expiation infinie (par la dignité de la victime) des offenses infinies (par la dignité de l'offensé). N'importe quel acte de l'homme qu'est Dieu le Fils aurait-il pu valoir Rédemption, chacun étant infiniment méritoire ? Question oiseuse, puisqu'en l'ordre actuel de la Providence, le seul que nous connaissions, Dieu a subordonné la Rédemption à l'Expiation : Dieu est allé jusqu'à exiger la Passion de son Fils.
1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent.
2. De sorte que, de puissance ordonnée, les seules réparations que vous puissiez apporter à vos péchés et à ceux d'autrui (cf. Col. I, 24) ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.
1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent !
De sorte qu'à nier la Vindicte comme délire pseudo-orthodoxe malsain et mesquin, la Passion du Christ en est défigurée par de nouvelles explications incompossibles au donné de foi.
De même, à nier la Vindicte, la nécessité de la contrition (en tant qu'inclusive de la pénitence et de la conversion) disparait, comme aussi le devoir d'aimer Dieu en agissant conformément à sa loi, puisqu'enfin, si la transgression de la loi n'est pas châtiée, pourquoi faire l'effort du combat spirituel, de l'abnégation de soi par amour de Dieu ? Au final, sous couvert de prêchi-prêcha, somme de bondieuseries ânonnantes, une occultation des fins dernières, tant quant aux peines de l'Enfer que quant à celles redoutables du Purgatoire.
Plusieurs intervenants participent à ce schéma délétère, sans qu'il leur soit nécessairement besoin d'en accepter toutes les conséquences, leur suffisant d'en affirmer le principe dont toute la suite découle : la négation de la Vindicte divine.
À preuve de cette participation au schéma délétère :
Bref, à agir conformément à l’Écriture : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement… Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là. » (Mt. X, 9 et 14-15). « Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l’Église ; et s'il refuse aussi d'écouter l’Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Mt. XVIII, 17).
Quoi donc disent Dieu et l’Église ? Voyons déjà leurs enseignements relatifs au mérite et à sa rétribution.
2. Les seules réparations que nous puissions apporter à nos péchés et à ceux d'autrui ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.
1. L'enseignement biblique relatif au mérite. La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite ou démérite par les récompenses (temporelles et) célestes et les tourments (temporels et) infernaux que Dieu accorde ou inflige.
« Il rend à l'homme selon ses œuvres, Il rétribue chacun selon ses voies. » (Jb. XXXIV, 11). « Moi, l’Éternel, j'éprouve le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon ses voies, selon le fruit de ses œuvres. » (Jr. XVII, 10). « Car le Fils de l'homme doit venir avec ses anges dans la gloire de son Père, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » (Mt. XVI, 27). « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait en étant dans son corps. » (II Cor. V, 10).
Donc déjà, à l'intention de Gaudens, de Violine, et d'autres, l'idée selon laquelle Dieu ne damne personne, oubliez-là. Car s'il est vrai que c'est l'homme qui, par son péché, est cause que Dieu le damne, n'en demeure pas moins que c'est Dieu qui le damne. Le péché de l'homme est cause dispositive du jugement de damnation dont Dieu est seule cause efficiente. C'est Dieu qui inflige les peines sempiternelles de dam et de sens - les textes bibliques qui l'affirment sont trop nombreux pour être niés (cf. infra). Au jour de son jugement particulier, l’âme comparait au tribunal de Dieu et du Christ. Elle ne comparait pas pour rendre le jugement, mais pour le subir. L'accusé ne fait qu'admettre sa culpabilité, poussé par une motion divine le conduisant infailliblement à l'admettre. Que le Christ conduise les fautifs à l'aveu de leur crime ne substitue pas au Juge les criminels comparaissant en sa justice. Loin d'être des juges rendant la justice, ils la subissent par décision du Juge. C'est le Christ qui juge l'accusé et lui inflige la peine en l'expédiant pour l'éternité dans les flammes de l'Enfer.
« Car ce Dieu qui sur la terre délivre les hommes sans aucun mérite de leur part, à la fin des siècles rendra à chacun selon ses œuvres. Il rendra le mal pour le mal, parce qu'il est juste ; il rendra aussi le bien pour le mal, parce qu'il est bon ; et le bien pour le bien, parce qu'il est bon et juste ; mais il ne saurait rendre le mal pour le bien, puisqu'il ne peut y avoir en lui aucune injustice. Il rendra donc le mal pour le mal, c'est-à-dire le châtiment pour le péché ; il rendra le bien pour le mal, c'est-à-dire la grâce [de la justification] après le péché ; et enfin il rendra le bien pour le bien, c'est-à-dire la grâce [de la vie éternelle] pour la grâce [qu'est le mérite des œuvres surnaturellement méritoires de la vie éternelle]. » (Saint Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 45).
1. Bénédiction des justes (= des impies que Dieu a miséricordieusement justifiés, et qui ont persévéré jusqu'à leur mort [= et qui sont morts] en cette justice surnaturelle que Dieu leur a infusée) :
« Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » (Ap. III, 21). « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 13). « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. » (Ap. II, 7).
« Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation ; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment. » (Jc. I, 12). « Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. » (I Cor. IX, 24-25). « Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ. Il n'est pas de soldat qui s'embarrasse des affaires de la vie, s'il veut plaire à celui qui l'a enrôlé ; et l'athlète n'est pas couronné, s'il n'a combattu suivant les règles. Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits. » (II Tim. II, 3-6). « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m'est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement. » (II Tim. IV, 7-8).
« Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. » (II Cor. IX, 6).
2. Malédiction des impies (= des impies que Dieu laisse mourir en leur endurcissement) :
« Allez maudits au feu de l'enfer éternel » (Mt. XXV, 41).
« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt. XXV, 29-30, en conclusion de la parabole des talents). « Le Roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’était pas revêtu de l’habit de noces. Il lui dit : ‘‘Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit de noces ?’’ Cet homme eut la bouche fermée. Alors le Roi dit aux serviteurs : ‘‘Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.’’ » (Mt. XXII, 2-14).
« Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. » (Lc. XIX, 27).
« Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. » (Ga. VI, 7-8). « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins. De quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit : ‘‘À moi la vengeance, à moi la rétribution !’’ Et encore : ‘‘Le Seigneur jugera son peuple.’’ Ô, c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. » (Hb. X, 28-31). « Qui résistera devant sa fureur ? Qui tiendra contre son ardente colère ? Sa fureur se répand comme le feu, Et les rochers se brisent devant lui. » (Na. I, 6). « Tu as maté les païens, fit périr l’impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais… L’Éternel s’est fait connaître, il a rendu le jugement, il prend l’impie à son propre piège. Que les impies aillent en enfer, tous ces païens qui oublient Dieu. » (Ps. IX, 5, 17-18). « La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots : Et toi, fils d'homme, ainsi parle le Seigneur, l'Éternel, sur le pays d'Israël. Voici la fin ! La fin vient sur les quatre extrémités du pays ! Maintenant la fin vient sur toi. J'enverrai ma colère contre toi. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations. Mon œil sera pour toi sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde ; mais je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel. Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Un malheur, un malheur unique, voici qu’il vient ! La fin vient, la fin vient, elle se réveille contre toi ! Voici, elle vient ! Ton tour arrive, habitant du pays ! Le temps vient, le jour approche, jour de trouble, et plus de cris de joie dans les montagnes ! Maintenant je vais bientôt répandre ma fureur sur toi, assouvir sur toi ma colère. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations, mon œil sera sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde. Je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel, celui qui frappe. (1) » (Ez. VII, 1-9).
(1) Au sens littéral, ce passage annonce la ruine de Jérusalem en - 587. Au sens plénier, la ruine de l'âme damnée par Dieu en son Jugement particulier.
3. « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18).
Car « bien que lui soit "mort pour tous" (II Cor. V, 15), tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18). « Car ceux qu’il a prédiscernés, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils » (Rm. VIII, 29), « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2) ; restant à expliciter comment le DOGME de la Prédestination se concilie au DOGME de la volonté salvifique universelle de « Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II, 3-4).
2. La notion théologique du mérite.
Le mérite est la valeur morale d'un ACTE : d'un acte, pas d'un habitus. Plus précisément, le rapport d'un acte moral à sa rétribution. Un acte moralement bon mérite récompense ; un acte moralement mauvais mérite châtiment ; d'où la distinction des bons mérites et des mauvais mérites ou démérites : « l'Apôtre avait beaucoup mérité, mais en mal » (S. Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 12) ; « avant que cette âme reçût de Dieu sa purification, elle ne méritait rien de bon » (De la grâce et du libre-arbitre, 13).
Les actes dont nous parlons sont des actes seconds (= des actions), plus précisément ceux émanant de la volonté (= des volitions), plus précisément encore ceux de la volonté libre (= des choix). Des actes de libre-choix dont nous sommes responsables. Des actes qui nous engagent spirituellement, aussi anodins pourraient-ils sembler, car toujours porteurs d'une détermination spirituelle en leur instant-même (καιρός).
(1) Au sens actif le mérite s'attribue à l'acte moralement qualifié, et conséquemment à l'agent responsable de ses actes.
Car c'est sur leurs actes que les adultes serons jugés : leurs actes, pas leurs habitus, sinon celui de charité (spécifiée par la foi), et toujours en dépendance des actes qui y disposent (à supposer qu'on puisse mériter de congruo d'être justifié) ou qui en procèdent (les actes de charité théologale étant méritoires de condigno de la vie éternelle).
(2) Au sens passif le mérite est la rétribution, bonne ou mauvaise, que l'agent mérite par ses actions, ce que nous méritons par nos actes.
« Vois, je mets aujourd'hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous prescris en ce jour ; la malédiction, si vous n'obéissez pas aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, et si vous vous détournez de la voie que je vous prescris en ce jour, pour aller après d'autres dieux que vous ne connaissez point. » (Dt. XI, 26-28). « Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd'hui d'aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n'obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui ; car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Dt, XXX, 15-20). « Ainsi parle l’Éternel : Voici, je mets devant vous le chemin de la vie et le chemin de la mort. Celui qui restera dans cette ville mourra par l'épée, par la famine ou par la peste… Car, je dirige mes regards contre cette ville (1) pour faire du mal et non du bien, oracle de l’Éternel, elle sera livrée entre les mains du roi de Babylone, qui la brûlera par le feu… Je vous châtierai selon le fruit de vos œuvres, oracle de l’Éternel, je mettrai le feu à votre forêt, et il en dévorera tous les alentours. » (Jr. XXI, 8-14).
(1) Même remarque que pour Ez. VII, 1-9.
(a) Le Ciel se mérite.
« Il faut proposer la vie éternelle à la fois comme la grâce miséricordieusement promise par le Christ Jésus aux fils de Dieu et "comme la récompense", que Dieu, selon la promesse qu'il a faite lui-même, accordera à leurs œuvres bonnes et à leurs mérites… Cependant, loin de nous de penser que le chrétien se confie ou se glorifie en lui-même et non pas dans le Seigneur (I Co. I, 31 ; II Co. X, 17) dont la bonté envers les hommes est si grande qu'il veut que ses dons soient leurs mérites. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 16). Bref, « la doctrine du mérite complète et couronne le dogme de la grâce. » (DTC, Mérite, col. 576). Le pélagianisme (et dans une moindre mesure le pharisaïsme) est la doctrine des œuvres (donc du mérite) sans la grâce ; le protestantisme celle de la grâce sans les œuvres ; le catholicisme celle des œuvres méritoires gracieusement opérées par la grâce : les mérites sont des grâces résultant synergiquement de la coopération de la volonté à l'action de la grâce. Bref, l'homme doit gagner Gagner son Paradis.
Qu'on distingue comme deux habitus distincts ou qu'on assimile comme un seul et même habitus la grâce sanctifiante et la charité, en tout état de cause ils sont si étroitement solidaires que l'un ne va pas sans l'autre : alors même que les habitus de foi et d'espérance ne sont pas perdus par la perte de la grâce sanctifiante, l'infusion et la perte de la grâce sanctifiante impliquent ou sont celles de la charité : nul n'a la charité s'il n'a la grâce sanctifiante, nul n'a la grâce sanctifiante s'il n'a la charité. De sorte que recevant de Dieu la justification par l'infusion de charité, charité que Dieu infuse à des degrés divers en ceux qu'il justifie, il appartient ensuite à l'homme, par son mérite découlant de ses actes de charité (et de ses actes impérés par ceux de charité), de recevoir un accroissement d'intensité de sa charité et conséquemment un accroissement d'intensité quant au degré de sa gloire céleste. Ainsi le degré de gloire sera proportionné au degré des mérites surnaturels obtenus ici-bas par les actes de charité de celui trouvé justifié à sa mort. Les actes de charité accomplis ici-bas ont donc un double mérite : ils méritent l'accroissement in statu via de l'intensité de la charité ; ils déterminent in statu terminis le degré de gloire.
(b) L'Enfer est la rétribution divine du démérite final.
Gloire que l'homme ne méritera qu'à mourir en état de grâce. En effet, le mérite découlant de la charité, la charité perdue, aussi le mérite de cette charité passée. Dit autrement, les mérites de la charité ne sont pas suspendus mais perdus par le péché mortel.
« Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ? Toute sa justice sera oubliée, parce qu'il s'est livré à l'iniquité et au péché ; à cause de cela, il mourra. » (Ez. XVIII, 24). « Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, il mourra à cause de cela. » (Ez. XXXIII, 18). De sorte qu'à mourir en état de péché mortel vous serez damné nonobstant vos mérites passés. « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ … Les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
« Et parce que l'iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 12-13).
Seront damnés ceux n'ayant pas persévéré jusqu'à la fin : « Par cette constitution qui restera à jamais en vigueur, et en vertu de l'autorité apostolique nous définissons : Que … Et que … Et que … Et que … En outre nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines éternelles, et que néanmoins au jour du jugement tous les hommes comparaîtront avec leurs corps "devant le tribunal du Christ" (II Cor. VI, 10) pour rendre compte de leurs actes personnels, "afin que chacun reçoive le salaire de ce qu'il aura fait pendant qu'il était dans son corps, soit en bien, soit en mal" (II Cor. V, 10). Que nos définitions ou déterminations susmentionnées, ainsi que chacune d'elles, soient tenues par tous les fidèles. Quiconque par la suite, en connaissance de cause, prétendra tenir, affirmer, prêcher, enseigner ou défendre par la parole ou par écrit une divergence ou une contradiction avec nos dites définitions ou déterminations, sera poursuivi comme un hérétique selon la procédure appropriée. Par conséquent, il est interdit à quiconque d’enfreindre cette page de notre définition et Constitution ou d’y faire obstacle de manière téméraire. Quiconque oserait tenter cela doit savoir qu’il encourra la colère du Dieu Tout-Puissant et des saints apôtres Pierre et Paul. » Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus, 29 janvier 1336).
Nous mourrons (= serons damnés, cf. Ap. XX, 14 et XXI, 18), si dans l'entre-temps séparant la perte de la grâce sanctifiante de la mort physique, Dieu ne nous absout pas en considération sacramentelle ou extra-sacramentelle de notre repentir. « Au bout de sept jours, la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots : ‘‘Fils d'homme, je t'établis comme sentinelle sur la maison d'Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : ‘'Tu mourras !’', si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant, et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son iniquité, mais toi, tu sauveras ton âme. Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est mal, je mettrai un piège devant lui, et il mourra ; parce que tu ne l'as pas averti, il mourra dans son péché, on ne parlera plus de la justice qu'il a pratiquée, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu'il ne pèche pas, il vivra, parce qu'il s'est laissé avertir, et toi, tu sauveras ton âme. » (Ez. III, 16-21). « Si vous ne faites pas pénitence, vous mourez tous. » (Lc. XIII, 5). « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » (Mt. III, 10). « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit. » (Jn. XV, 2). « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn. XV, 6). « Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.» (Lc. XIII, 7-9). « Voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha ; mais il n'y trouva que des feuilles, et il lui dit : Que jamais fruit ne naisse de toi ! Et à l'instant le figuier sécha. » (Mt. XXI, 19). « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : ‘‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.’’ Les sages répondirent : ‘‘Non, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
3. La distinction des bons mérites selon qu'ils soient de condigno ou de congruo : Dei potestas omnibus congrua et condigna retribuens.
« L'ineffable puissance de la majesté divine suffit pour gouverner le monde, et en rendant à chacun ce qui lui convient et ce qui lui est dû (Dei potestas… omnibus congrua et condigna retribuens), il ne laisse dans tout son empire rien de désordonné, rien de déplacé. » (Saint Augustin, Du libre-arbitre, III, xii, 35).
« Les théologiens distinguent deux sortes de bon mérite : le mérite de condigno, quand la valeur de l’œuvre égale directement la valeur de la récompense, et le mérite de congruo, qui est celui d’une chose qui ne vaut pas la récompense qu’on lui accorde. Dans le premier cas, la récompense est due à titre de justice, et le mérite est propre et absolu ; dans le second, la récompense n’est accordée que par convenance, et elle est l’effet de la libéralité de celui qui la donne, et on ne la mérite ainsi qu’improprement. »
En affirmant que nos œuvres peuvent surnaturellement mériter de condigno l'accroissement de la grâce (in statu via) et la vie éternelle (in statu terminis), en faisant donc du mérite surnaturel (au sens passif = récompense) tout à la fois une grâce (un don surnaturel) et un dû, le catholicisme n'attente aucunement à l'absolue gratuité des dons surnaturels ; la dette n'étant que de Dieu à lui-même. Ce n'est pas à nous mais à lui-même que Dieu doit la rétribution (la récompense) du bon mérite surnaturel (au sens actif = l’œuvre méritoire de la récompense). Il la doit à lui-même, par fidélité à sa parole libéralement donnée. Bref, le mérite de condigno est fondé sur la véracité et la justice de Dieu fidèle à sa généreuse promesse de rétribuer les actes qu'il déclare mériter. Tout à l'inverse le mérite de congruo repose sur sa seule libéralité divine, car il excède la récompense à laquelle Dieu est tenu par sa justice. Peut-on encore parler de mérite ? Oui, mais par manière impropre de parler. Oui, puisqu'il faut bien que Dieu trouve dans l’œuvre assez de bien pour la rétribuer ; mais improprement, la rétribution dépassant ce à quoi Dieu s'est engagé.
De sorte enfin qu'alors que la rétribution du bon mérite de condigno est certaine, celle du mérite de congruo ne l'est pas (en ce sens que nous ne savons pas si l’œuvre sera regardée par Dieu comme suffisante à mériter de congruo la récompense qui l'excède en justice) : on peut l'espérer, mais sans certitude d'être exaucé. Ainsi à être en état de grâce et à intercéder pour autrui en état de péché mortel, votre prière sera d'autant plus puissante que votre charité (= votre amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu biblique de la foi théologale) sera intense, selon qu'il est écrit : « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc. V, 16). Néanmoins, espérant une chose à laquelle Dieu ne s'est pas engagé, l'incertitude d'être exaucé, selon qu'il est écrit : « L’Éternel me dit : ''Quand bien même Moïse et Samuel (1) intercéderaient devant moi, je ne serais pas favorable à ce peuple. Chasse-le loin de ma face, qu'il s'en aille !'' » (Jr. XV, 1). Le mérite de congruo excédant la récompense à laquelle Dieu est tenu par sa justice, une incertitude quant au fait que nos œuvres surnaturellement bonnes puissent mériter (de congruo) ce que Dieu n'est pas en justice tenu de récompenser. Mais malgré cette incertitude il nous faut l'espérer, en considération de la Bonté de « Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II, 3-4). Pour reprendre l'exemple précédent, il est évident que plus vous serez saint, plus Dieu sera favorable à vos prières, pour donner à autrui la grâce de la conversion et de la justification ; de sorte que plus sera ardente la clameur embrasée de votre charité, plus puissantes seront les grâces de conversion méritées congruement pour autrui, restant sauve la possibilité qu'autrui s'y dérobe, quoiqu'il risquera d'autant moins de s'y dérober qu'elles seront puissantes.
(1) Dont l’Écriture atteste qu'ils furent de très puissants intercesseurs.
4. Quoi pouvez-vous mériter ?
1° Qui est en état de péché mortel ne peut mériter de condigno d'être justifié.
La raison en est simple. La justification de l'impie (= de celui qui est en état de péché mortel) se fait par l'infusion de la grâce habituelle et sanctifiante. Or la récompense de l'œuvre méritoire de condigno est strictement proportionnée à sa valeur morale. Aucun acte humain, aussi naturellement bon qu'il soit, posé en état de péché mortel, ne peut donc mériter de condigno l'infusion de la grâce sanctifiante, puisqu'elle est une réalité surnaturelle excédant les capacités naturelles de l'homme. Il en va de même quant aux actes disposant surnaturellement l'impie à la justification de Dieu opère : posés en état de péché mortel, ils ne peuvent mériter de condigno ce à quoi ils disposent.
Cette grâce par laquelle l'impie devient juste, est justifié, cette grâce par laquelle s'opère la justification de l'impie cessant de l'être par cette justification-même, c'est la grâce habituelle et sanctifiante : c'est un habitus surnaturel infus (grâce habituelle), pas un influx surnaturel transitoire (grâce actuelle).
2° Qui est en état de grâce peut mériter de condigno, pour lui-même, l'accroissement de la grâce (en cette vie) et la vie éternelle (en l'autre).
3° Qui est en état de grâce ne peut mériter de condigno la justification d'autrui ; peut éventuellement la mériter de congruo, ou ne la pas mériter, au libre-choix de Dieu soupesant la valeur véritable de vos œuvres.
4° Qui est en état de péché mortel peut-il mériter de congruo que Dieu le justifie ?
(1) Pour la négative.
Répondent par la négative les théologiens qui, à la suite de saint Thomas d'Aquin, estiment que le mérite de congruo n'existe qu'en dépendance du mérite de condigno. Quand saint Thomas d'Aquin écrit que l'œuvre méritoire de l'homme peut doublement mériter, de congruo selon qu'elle procède du libre-arbitre, de condigno selon qu'elle procède de la grâce, il envisage un seul et même acte humain, accomplit sous l'effet de la grâce habituelle et sanctifiante, auquel il attribue un double mérite, de congruo en tant qu'acte humain, de condigno en tant que procédant de la grâce sanctifiante. De sorte qu'à n'être pas en état de grâce, est impossible de mériter de congruo.
Le même acte étant logiquement envisagé (sous des rapports différents) comme disposant à et résultant de la justification, en tant qu'il en résulte, il mérite de condigno et de congruo (comme expliqué ci-avant), quoiqu'il ne puisse être dit la mériter de congruo en tant qu'on l'envisage comme y disposant. Reste pourtant que c'est le même acte, de sorte qu'on puisse dire qu'il mérite de congruo la justification à laquelle il dispose, en précisant qu'il ne la mérite de congruo que parce qu'il en résulte.
(2) Pour l'affirmative.
C'est la position de la première scolastique franciscaine. Saint Jean Bonaventure, Docteur de l'Église, affirme en son Commentaire des Sentences (in II Sent., dist. 27, a. 2, q. 3) comme saint Thomas d'Aquin en sa Somme de théologie (I-II, 114, 3, co), que l'acte méritoire de condigno l'est aussi de congruo. Mais il affirme encore qu'un acte nullement méritoire de condigno peut mériter de congruo la justification de qui l'opère. Cette doctrine était également celle du jeune Thomas, en son propre Commentaire des Sentences.
Cette tradition scolastique a été attaquée par les théologiens protestants qui y ont vu un « néo-semipélagianisme ». Ils eussent mieux étudié, ils auraient vu que saint Bonaventure affirme ces actes méritoires être posés, non sous l'effet du concours général de Dieu (d'ordre naturel), mais sous celui d'une grâce actuelle (d'ordre surnaturel).
La vraie question est de savoir si l'acte moralement doté d'une bonté d'ordre naturel (par ex. le fait que le paien aime ses enfants) est méritoire de congruo de l'infusion de la grâce sanctifiante (assertion fausse au regard de Mt. V, 46-47), de sorte qu'il y dispose immédiatement ; ou s'il n'en est qu'une disposition éloignée, méritoire de congruo d'une grâce actuelle lui donnant, s'il y coopère, de poser des actes surnaturels de foi et d'espérance, dispositions surnaturelles prochaines à la justification (comme appert du ch. 6 du Décret sur la justification). Quant à ces actes surnaturels de foi et d'espérance théologales, loin qu'ils suffisent à mériter de congruo la justification, ils ne peuvent que mériter de congruo une grâce actuelle sous l'effet de laquelle l'homme pose enfin l'acte de charité, à la fois cause dispositive ultime et immédiate à la justification et effet de cette justification. Les actes méritoires de congruo du don de la grâce sanctifiante s'étagent donc sur trois niveaux : 1° actes naturellement bons, posés sous l'effet d'une motion divine relevant du concours général de Dieu, et constitutifs d'une disposition naturelle éloignée à la justification ; 2° actes surnaturellement bons, posés sous l'effet d'une grâce actuelle, et constitutifs par leur mérite de congruo d'une disposition surnaturelle prochaine à la justification ; acte de charité, surnaturellement bon, résultant d'une grâce pensée tout à la fois comme actuelle et disposant ultimement à la justification, et comme habituelle et sanctifiante en laquelle la justification s'opère.
Nous pouvons ainsi mieux comprendre la portée d'un adage célèbre : À celui qui fait ce qu'il peut, Dieu ne refuse pas la grâce. On sait qu'aujourd'hui certains enseignent l'existence de chrétiens anonymes, méconnaissant quelle est la la foi nécessaire au salut, en niant la nécessité de la foi explicite aux articles fondamentaux de la foi chrétienne pour le salut.
Quant au reste, loin d'être arrogant, il est Saint. C'est à raison de l'Amour de Dieu pour Dieu qu'est Dieu, amour nécessaire et infini de nécessité absolue de nature, que Dieu a librement décidé que seule la Passion de son Fils nous délivrerait de la damnation, serait méritoire de condigno de tout le genre humain.
Ensuite que votre propos démontre la haute convenance à ce que Dieu exigea la Passion. L'attestation de l'amour de charité créée - la charité incréée étant Dieu ; la charité créée une grâce du Christ-homme - est selon l'ordre même de l'amour de charité, amour théologal, amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu biblique de la foi théologale. Avant que la Passion soit un acte d'amour miséricordieux du Christ pour les pécheurs, elle est d'abord un acte d'amour du Christ-homme pour Dieu, le vrai Dieu, Dieu le Père, raison de la Déité et principe sans principe de la Trinité. Cet amour du Christ-homme pour Dieu, quoi pouvait mieux l'attester que l'acceptation de la Croix ?
Il y a un double aspect dans la Rédemption opérée par le Christ. C’est l’homme qui est racheté, en recevant, par la Passion, le pardon de Dieu. De ce point de vue, la Rédemption est ordonnée au salut de l’homme, donc à l’homme. Mais l’homme ne peut être la fin dernière absolue des œuvres divines : Dieu est leur seule fin. Le rachat de l’homme est donc d’abord relatif à Dieu, à la Vindicte qu’est Dieu, Vindicte payée par la Passion. La Passion est œuvre de satisfaction à la Vindicte (satisfaction vicaire) ordonnée à la Miséricorde (l’application aux élus – élection à la grâce / élection à la gloire – des mérites du Christ). C’est en tant qu’elle rachète l’homme à la Vindicte que la Passion est délivrance : c’est par le Rachat que s’opère le Salut. La délivrance de la souillure du péché et de la dette de peine éternelle qu’elle implique est consécutive à la Passion ; le Pardon n’étant accordé qu’après réparation ou satisfaction ou expiation, par la Passion, de l’offense à Dieu qu’est le péché.
Et elle est possible jusqu'à l'instant de votre dernier souffle, pour autant qu'une grâce de conversion vous soit alors donnée (il n'y a pas d'automatisme), et que vous y coopériez.
Tant que vous êtes en état de grâce, vous pouvez reverser le bénéfice de vos mérites à un tiers. Mais à perdre l'état de grâce, vous perdez du fait même le principe du bon mérite surnaturel de vos actes.
Ce qui est perdu n'est pas le bien que vous avez fait en étant en état de grâce, mais son mérite, la récompense surnaturelle que vous méritiez par ce bien (= par vos actes de charité posés en état de grâce). Mais étant désormais en état de péché mortel, loin de mériter (de condigno) la vie éternelle ou quelque autre bien pour le prochain ou pour vous-même, vous ne méritez désormais plus que les châtiments de l'Enfer. Vous me voyez ici suivre l'opinion dominicaine : il est impossible de mériter un bien surnaturel, fut ce de congruo, alors qu'on est en état de péché mortel. Mais vous pouvez opter pour l'opinion de la première scolastique franciscaine : alors même qu'encore en état de péché mortel, vous pouvez mériter de congruo la grâce de la justification, pour ensuite justifié mériter de congruo des grâces pour autrui.
La question de la reviviscence des mérites porte sur un point précis : puisque le degré de gloire que les élus reçoivent au Ciel est proportionnel à l'amour qu'ils ont eu pour Dieu, le mérite de nos anciens amours est-il retrouvé en retrouvant la grâce, de sorte que notre gloire céleste ne soit pas diminuée par les péchés commis dans l'intervalle.
Mais ne tombons pas dans l'illusion. Si « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc. V, 16), elle ne peut pas tout, même à être aux cimes de la sainteté : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant ma face, je n'aurais pas pitié de ce peuple » (Jr. XV, 1).
Sur ce, permettez moi un long silence.
Bonne continuation.

Je réponds ici à Cmoi.
Ainsi qu'à Gaudens, puisse cette réponse lui apporter la paix.
Dans la mesure où la rétribution du mérite est autant celle du bon mérite que du mauvais mérite ou démérite, de sorte, quant au démérite, que sa rétribution est châtiment, ce post traitera de la Vindicte en traitant du mérite.
cmoi a écrit : ↑mer. 09 juil. 2025, 3:59 Derrière sa logique plutôt convaincante, ce que vous écrivez là m’a toujours paru dissimuler un parfum de souffre. Pourquoi ? Parce que si nous sommes assez autonomes et importants pour être estimés capables d’offenser Dieu, nous devons selon moi l’être aussi pour réparer cette offense !
Il est inutile de débattre pour savoir si, de puissance absolue (= dans un ordre providentiel autre que celui librement choisi par Dieu), l'acte d'un homme (autre que Dieu le Fils fait homme) aurait pu être agréé par Dieu jusqu'à mériter de condigno la Rédemption du genre humain. Inutile puisque de puissance ordonnée (= dans l'ordre actuel de la Providence, qui relève du Libre-choix de Dieu) l'Expiation précède la Rédemption : si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit (Jn. XII, 24). La Rédemption n'est qu'en conséquence la Passion, Expiation infinie (par la dignité de la victime) des offenses infinies (par la dignité de l'offensé). N'importe quel acte de l'homme qu'est Dieu le Fils aurait-il pu valoir Rédemption, chacun étant infiniment méritoire ? Question oiseuse, puisqu'en l'ordre actuel de la Providence, le seul que nous connaissions, Dieu a subordonné la Rédemption à l'Expiation : Dieu est allé jusqu'à exiger la Passion de son Fils.
1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent.
2. De sorte que, de puissance ordonnée, les seules réparations que vous puissiez apporter à vos péchés et à ceux d'autrui (cf. Col. I, 24) ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.
*
1. Le péché étant aux yeux de Dieu une telle offense, qu'il a été jusqu'à exiger, pour le pardonner, la Passion de son Fils innocent !
De sorte qu'à nier la Vindicte comme délire pseudo-orthodoxe malsain et mesquin, la Passion du Christ en est défigurée par de nouvelles explications incompossibles au donné de foi.
De même, à nier la Vindicte, la nécessité de la contrition (en tant qu'inclusive de la pénitence et de la conversion) disparait, comme aussi le devoir d'aimer Dieu en agissant conformément à sa loi, puisqu'enfin, si la transgression de la loi n'est pas châtiée, pourquoi faire l'effort du combat spirituel, de l'abnégation de soi par amour de Dieu ? Au final, sous couvert de prêchi-prêcha, somme de bondieuseries ânonnantes, une occultation des fins dernières, tant quant aux peines de l'Enfer que quant à celles redoutables du Purgatoire.
Plusieurs intervenants participent à ce schéma délétère, sans qu'il leur soit nécessairement besoin d'en accepter toutes les conséquences, leur suffisant d'en affirmer le principe dont toute la suite découle : la négation de la Vindicte divine.
À preuve de cette participation au schéma délétère :
Gaudens a écrit : ↑dim. 13 juil. 2025, 18:27 Une prise de conscience de l’impossibilité pour ma part d’adhérer à une certaine théologie qui se pare des vêtements de l’orthodoxie mais qui me parait absolument insupportable , à la fois invraisemblable et contradictoire avec d’autres assertions revendiquées par cette même théologie. On aura compris qu’il s’git de la revendication de la vindicte éternelle de Dieu contre les pêcheurs pouvant condamner ceux-ci à la damnation éternelle, j’allais dire pour un oui ou non. Un non, plus précisément, non à Dieu jusqu’au terme de la vie (entouré de membres incroyants de ma famille, vivants ou morts, cela ne m’est pas indifférent), ou encore parce que tombés dans un péché de type mortel, même après une vie belle et même sainte (comment ?). Des pages ont été écrites ci-dessus, pas du tout convaincantes à mes yeux… Bref ,cette supposée théologie orthodoxe dresse en creux le portrait d’un dieu mesquin, prêt à nous damner à la moindre grosse erreur non suivie de repentir ultérieur. Conception du reste outrecuidante, consistant à juger à la place de Dieu mais passons... Invraisemblable , donc, à l’échelle de l’immensité de l’univers, de la grandeur infinie de Dieu et de notre infime petitesse,je vois mal comment justifier cela. Si une fourmi était dotée des moyens de m’offenser (je ne vois guère comment, en me piquant un peu peut-être ?), me viendrait-il à l’idée de me venger, de la poursuivre, la châtier, la punir (les divers sens du mot « vindicte ») et tout cela pour l’éternité ?
Dieu mesquin... Ou comment injurier Dieu sous couvert de l'honorer... Tout d'abord la Vindicte est très clairement affirmée dans le NT, comme les nombreuses citations néotestamentaires qui suivront tout au long de ce post le démontrent. Ensuite vous avait été à tous théologiquement expliqué comment de l'Amour découle tant la Miséricorde que la Vindicte, ainsi que le primat de la Miséricorde sur la Vindicte, ce aussi précisément que possible, comme en Charité (mes trois posts) ou en Amour et Liberté (quatre posts). Mais n'étant pire sourds que ceux refusant d'entendre, plutôt que s'épuiser à répondre à la multiplication de leurs objections intarissables car procédant d'un refus acharné, endurci, d'admettre les évidences qui leur déplaisent, reste seulement, à terme plus ou moins bref, à leur retirer le doux bienfait de l'amitié.Fée Violine a écrit : ↑dim. 13 juil. 2025, 18:36 Cher Gaudens, je ne crois pas non plus à ce dieu (qui ne mérite pas de majuscule) mesquin, vindicatif et antipathique. Et je n'ai pas pour autant l'impression de perdre la foi !
Bref, à agir conformément à l’Écriture : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement… Lorsqu'on ne vous recevra pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là. » (Mt. X, 9 et 14-15). « Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l’Église ; et s'il refuse aussi d'écouter l’Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Mt. XVIII, 17).
Quoi donc disent Dieu et l’Église ? Voyons déjà leurs enseignements relatifs au mérite et à sa rétribution.
*
2. Les seules réparations que nous puissions apporter à nos péchés et à ceux d'autrui ne sont qu'en dépendance des mérites de la Passion du Christ.
1. L'enseignement biblique relatif au mérite. La rétribution divine du bon mérite et du mauvais mérite ou démérite par les récompenses (temporelles et) célestes et les tourments (temporels et) infernaux que Dieu accorde ou inflige.
« Il rend à l'homme selon ses œuvres, Il rétribue chacun selon ses voies. » (Jb. XXXIV, 11). « Moi, l’Éternel, j'éprouve le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon ses voies, selon le fruit de ses œuvres. » (Jr. XVII, 10). « Car le Fils de l'homme doit venir avec ses anges dans la gloire de son Père, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » (Mt. XVI, 27). « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait en étant dans son corps. » (II Cor. V, 10).
Donc déjà, à l'intention de Gaudens, de Violine, et d'autres, l'idée selon laquelle Dieu ne damne personne, oubliez-là. Car s'il est vrai que c'est l'homme qui, par son péché, est cause que Dieu le damne, n'en demeure pas moins que c'est Dieu qui le damne. Le péché de l'homme est cause dispositive du jugement de damnation dont Dieu est seule cause efficiente. C'est Dieu qui inflige les peines sempiternelles de dam et de sens - les textes bibliques qui l'affirment sont trop nombreux pour être niés (cf. infra). Au jour de son jugement particulier, l’âme comparait au tribunal de Dieu et du Christ. Elle ne comparait pas pour rendre le jugement, mais pour le subir. L'accusé ne fait qu'admettre sa culpabilité, poussé par une motion divine le conduisant infailliblement à l'admettre. Que le Christ conduise les fautifs à l'aveu de leur crime ne substitue pas au Juge les criminels comparaissant en sa justice. Loin d'être des juges rendant la justice, ils la subissent par décision du Juge. C'est le Christ qui juge l'accusé et lui inflige la peine en l'expédiant pour l'éternité dans les flammes de l'Enfer.
« Car ce Dieu qui sur la terre délivre les hommes sans aucun mérite de leur part, à la fin des siècles rendra à chacun selon ses œuvres. Il rendra le mal pour le mal, parce qu'il est juste ; il rendra aussi le bien pour le mal, parce qu'il est bon ; et le bien pour le bien, parce qu'il est bon et juste ; mais il ne saurait rendre le mal pour le bien, puisqu'il ne peut y avoir en lui aucune injustice. Il rendra donc le mal pour le mal, c'est-à-dire le châtiment pour le péché ; il rendra le bien pour le mal, c'est-à-dire la grâce [de la justification] après le péché ; et enfin il rendra le bien pour le bien, c'est-à-dire la grâce [de la vie éternelle] pour la grâce [qu'est le mérite des œuvres surnaturellement méritoires de la vie éternelle]. » (Saint Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 45).
1. Bénédiction des justes (= des impies que Dieu a miséricordieusement justifiés, et qui ont persévéré jusqu'à leur mort [= et qui sont morts] en cette justice surnaturelle que Dieu leur a infusée) :
« Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » (Ap. III, 21). « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 13). « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : Au vainqueur, je donnerai de goûter à l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. » (Ap. II, 7).
« Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation ; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment. » (Jc. I, 12). « Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. » (I Cor. IX, 24-25). « Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ. Il n'est pas de soldat qui s'embarrasse des affaires de la vie, s'il veut plaire à celui qui l'a enrôlé ; et l'athlète n'est pas couronné, s'il n'a combattu suivant les règles. Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits. » (II Tim. II, 3-6). « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m'est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement. » (II Tim. IV, 7-8).
« Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. » (II Cor. IX, 6).
2. Malédiction des impies (= des impies que Dieu laisse mourir en leur endurcissement) :
« Allez maudits au feu de l'enfer éternel » (Mt. XXV, 41).
« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt. XXV, 29-30, en conclusion de la parabole des talents). « Le Roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’était pas revêtu de l’habit de noces. Il lui dit : ‘‘Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit de noces ?’’ Cet homme eut la bouche fermée. Alors le Roi dit aux serviteurs : ‘‘Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.’’ » (Mt. XXII, 2-14).
« Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. » (Lc. XIX, 27).
« Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. » (Ga. VI, 7-8). « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins. De quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit : ‘‘À moi la vengeance, à moi la rétribution !’’ Et encore : ‘‘Le Seigneur jugera son peuple.’’ Ô, c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. » (Hb. X, 28-31). « Qui résistera devant sa fureur ? Qui tiendra contre son ardente colère ? Sa fureur se répand comme le feu, Et les rochers se brisent devant lui. » (Na. I, 6). « Tu as maté les païens, fit périr l’impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais… L’Éternel s’est fait connaître, il a rendu le jugement, il prend l’impie à son propre piège. Que les impies aillent en enfer, tous ces païens qui oublient Dieu. » (Ps. IX, 5, 17-18). « La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots : Et toi, fils d'homme, ainsi parle le Seigneur, l'Éternel, sur le pays d'Israël. Voici la fin ! La fin vient sur les quatre extrémités du pays ! Maintenant la fin vient sur toi. J'enverrai ma colère contre toi. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations. Mon œil sera pour toi sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde ; mais je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel. Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Un malheur, un malheur unique, voici qu’il vient ! La fin vient, la fin vient, elle se réveille contre toi ! Voici, elle vient ! Ton tour arrive, habitant du pays ! Le temps vient, le jour approche, jour de trouble, et plus de cris de joie dans les montagnes ! Maintenant je vais bientôt répandre ma fureur sur toi, assouvir sur toi ma colère. Je te jugerai selon tes voies. Je te chargerai de toutes tes abominations, mon œil sera sans pitié, et je n'aurai point de miséricorde. Je te chargerai de tes voies, et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l'Éternel, celui qui frappe. (1) » (Ez. VII, 1-9).
(1) Au sens littéral, ce passage annonce la ruine de Jérusalem en - 587. Au sens plénier, la ruine de l'âme damnée par Dieu en son Jugement particulier.
3. « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18).
Car « bien que lui soit "mort pour tous" (II Cor. V, 15), tous cependant ne reçoivent pas le bienfait de sa mort, mais ceux-là seulement auxquels le mérite de sa Passion est communiqué. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 3). « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » (Rm. IX, 18). « Car ceux qu’il a prédiscernés, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils » (Rm. VIII, 29), « élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » (I P. I, 2) ; restant à expliciter comment le DOGME de la Prédestination se concilie au DOGME de la volonté salvifique universelle de « Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tim. II, 3-4).
2. La notion théologique du mérite.
Le mérite est la valeur morale d'un ACTE : d'un acte, pas d'un habitus. Plus précisément, le rapport d'un acte moral à sa rétribution. Un acte moralement bon mérite récompense ; un acte moralement mauvais mérite châtiment ; d'où la distinction des bons mérites et des mauvais mérites ou démérites : « l'Apôtre avait beaucoup mérité, mais en mal » (S. Augustin, De la grâce et du libre-arbitre, 12) ; « avant que cette âme reçût de Dieu sa purification, elle ne méritait rien de bon » (De la grâce et du libre-arbitre, 13).
Les actes dont nous parlons sont des actes seconds (= des actions), plus précisément ceux émanant de la volonté (= des volitions), plus précisément encore ceux de la volonté libre (= des choix). Des actes de libre-choix dont nous sommes responsables. Des actes qui nous engagent spirituellement, aussi anodins pourraient-ils sembler, car toujours porteurs d'une détermination spirituelle en leur instant-même (καιρός).
(1) Au sens actif le mérite s'attribue à l'acte moralement qualifié, et conséquemment à l'agent responsable de ses actes.
Car c'est sur leurs actes que les adultes serons jugés : leurs actes, pas leurs habitus, sinon celui de charité (spécifiée par la foi), et toujours en dépendance des actes qui y disposent (à supposer qu'on puisse mériter de congruo d'être justifié) ou qui en procèdent (les actes de charité théologale étant méritoires de condigno de la vie éternelle).
(2) Au sens passif le mérite est la rétribution, bonne ou mauvaise, que l'agent mérite par ses actions, ce que nous méritons par nos actes.
« Vois, je mets aujourd'hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous prescris en ce jour ; la malédiction, si vous n'obéissez pas aux commandements de l’Éternel, votre Dieu, et si vous vous détournez de la voie que je vous prescris en ce jour, pour aller après d'autres dieux que vous ne connaissez point. » (Dt. XI, 26-28). « Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd'hui d'aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n'obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui ; car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Dt, XXX, 15-20). « Ainsi parle l’Éternel : Voici, je mets devant vous le chemin de la vie et le chemin de la mort. Celui qui restera dans cette ville mourra par l'épée, par la famine ou par la peste… Car, je dirige mes regards contre cette ville (1) pour faire du mal et non du bien, oracle de l’Éternel, elle sera livrée entre les mains du roi de Babylone, qui la brûlera par le feu… Je vous châtierai selon le fruit de vos œuvres, oracle de l’Éternel, je mettrai le feu à votre forêt, et il en dévorera tous les alentours. » (Jr. XXI, 8-14).
(1) Même remarque que pour Ez. VII, 1-9.
(a) Le Ciel se mérite.
« Il faut proposer la vie éternelle à la fois comme la grâce miséricordieusement promise par le Christ Jésus aux fils de Dieu et "comme la récompense", que Dieu, selon la promesse qu'il a faite lui-même, accordera à leurs œuvres bonnes et à leurs mérites… Cependant, loin de nous de penser que le chrétien se confie ou se glorifie en lui-même et non pas dans le Seigneur (I Co. I, 31 ; II Co. X, 17) dont la bonté envers les hommes est si grande qu'il veut que ses dons soient leurs mérites. » (Concile Œcuménique de Trente, Décret sur la justification, chapitre 16). Bref, « la doctrine du mérite complète et couronne le dogme de la grâce. » (DTC, Mérite, col. 576). Le pélagianisme (et dans une moindre mesure le pharisaïsme) est la doctrine des œuvres (donc du mérite) sans la grâce ; le protestantisme celle de la grâce sans les œuvres ; le catholicisme celle des œuvres méritoires gracieusement opérées par la grâce : les mérites sont des grâces résultant synergiquement de la coopération de la volonté à l'action de la grâce. Bref, l'homme doit gagner Gagner son Paradis.
Qu'on distingue comme deux habitus distincts ou qu'on assimile comme un seul et même habitus la grâce sanctifiante et la charité, en tout état de cause ils sont si étroitement solidaires que l'un ne va pas sans l'autre : alors même que les habitus de foi et d'espérance ne sont pas perdus par la perte de la grâce sanctifiante, l'infusion et la perte de la grâce sanctifiante impliquent ou sont celles de la charité : nul n'a la charité s'il n'a la grâce sanctifiante, nul n'a la grâce sanctifiante s'il n'a la charité. De sorte que recevant de Dieu la justification par l'infusion de charité, charité que Dieu infuse à des degrés divers en ceux qu'il justifie, il appartient ensuite à l'homme, par son mérite découlant de ses actes de charité (et de ses actes impérés par ceux de charité), de recevoir un accroissement d'intensité de sa charité et conséquemment un accroissement d'intensité quant au degré de sa gloire céleste. Ainsi le degré de gloire sera proportionné au degré des mérites surnaturels obtenus ici-bas par les actes de charité de celui trouvé justifié à sa mort. Les actes de charité accomplis ici-bas ont donc un double mérite : ils méritent l'accroissement in statu via de l'intensité de la charité ; ils déterminent in statu terminis le degré de gloire.
(b) L'Enfer est la rétribution divine du démérite final.
Gloire que l'homme ne méritera qu'à mourir en état de grâce. En effet, le mérite découlant de la charité, la charité perdue, aussi le mérite de cette charité passée. Dit autrement, les mérites de la charité ne sont pas suspendus mais perdus par le péché mortel.
« Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, s'il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il ? Toute sa justice sera oubliée, parce qu'il s'est livré à l'iniquité et au péché ; à cause de cela, il mourra. » (Ez. XVIII, 24). « Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, il mourra à cause de cela. » (Ez. XXXIII, 18). De sorte qu'à mourir en état de péché mortel vous serez damné nonobstant vos mérites passés. « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ … Les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
« Et parce que l'iniquité se sera accrue, la charité du plus grand nombre se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » (Mt. XXIV, 12-13).
Seront damnés ceux n'ayant pas persévéré jusqu'à la fin : « Par cette constitution qui restera à jamais en vigueur, et en vertu de l'autorité apostolique nous définissons : Que … Et que … Et que … Et que … En outre nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines éternelles, et que néanmoins au jour du jugement tous les hommes comparaîtront avec leurs corps "devant le tribunal du Christ" (II Cor. VI, 10) pour rendre compte de leurs actes personnels, "afin que chacun reçoive le salaire de ce qu'il aura fait pendant qu'il était dans son corps, soit en bien, soit en mal" (II Cor. V, 10). Que nos définitions ou déterminations susmentionnées, ainsi que chacune d'elles, soient tenues par tous les fidèles. Quiconque par la suite, en connaissance de cause, prétendra tenir, affirmer, prêcher, enseigner ou défendre par la parole ou par écrit une divergence ou une contradiction avec nos dites définitions ou déterminations, sera poursuivi comme un hérétique selon la procédure appropriée. Par conséquent, il est interdit à quiconque d’enfreindre cette page de notre définition et Constitution ou d’y faire obstacle de manière téméraire. Quiconque oserait tenter cela doit savoir qu’il encourra la colère du Dieu Tout-Puissant et des saints apôtres Pierre et Paul. » Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus, 29 janvier 1336).
Nous mourrons (= serons damnés, cf. Ap. XX, 14 et XXI, 18), si dans l'entre-temps séparant la perte de la grâce sanctifiante de la mort physique, Dieu ne nous absout pas en considération sacramentelle ou extra-sacramentelle de notre repentir. « Au bout de sept jours, la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots : ‘‘Fils d'homme, je t'établis comme sentinelle sur la maison d'Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : ‘'Tu mourras !’', si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant, et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son iniquité, mais toi, tu sauveras ton âme. Si un juste se détourne de sa justice et fait ce qui est mal, je mettrai un piège devant lui, et il mourra ; parce que tu ne l'as pas averti, il mourra dans son péché, on ne parlera plus de la justice qu'il a pratiquée, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu'il ne pèche pas, il vivra, parce qu'il s'est laissé avertir, et toi, tu sauveras ton âme. » (Ez. III, 16-21). « Si vous ne faites pas pénitence, vous mourez tous. » (Lc. XIII, 5). « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » (Mt. III, 10). « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit. » (Jn. XV, 2). « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn. XV, 6). « Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.» (Lc. XIII, 7-9). « Voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha ; mais il n'y trouva que des feuilles, et il lui dit : Que jamais fruit ne naisse de toi ! Et à l'instant le figuier sécha. » (Mt. XXI, 19). « Au milieu de la nuit, on cria : ‘‘Voici l'époux, allez à sa rencontre !’’ Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : ‘‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.’’ Les sages répondirent : ‘‘Non, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : ‘‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.’’ Mais il répondit : ‘‘Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.’’ Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » (Mt. XXV, 6-12).
3. La distinction des bons mérites selon qu'ils soient de condigno ou de congruo : Dei potestas omnibus congrua et condigna retribuens.
« L'ineffable puissance de la majesté divine suffit pour gouverner le monde, et en rendant à chacun ce qui lui convient et ce qui lui est dû (Dei potestas… omnibus congrua et condigna retribuens), il ne laisse dans tout son empire rien de désordonné, rien de déplacé. » (Saint Augustin, Du libre-arbitre, III, xii, 35).
« Les théologiens distinguent deux sortes de bon mérite : le mérite de condigno, quand la valeur de l’œuvre égale directement la valeur de la récompense, et le mérite de congruo, qui est celui d’une chose qui ne vaut pas la récompense qu’on lui accorde. Dans le premier cas, la récompense est due à titre de justice, et le mérite est propre et absolu ; dans le second, la récompense n’est accordée que par convenance, et elle est l’effet de la libéralité de celui qui la donne, et on ne la mérite ainsi qu’improprement. »
(1) Dont l’Écriture atteste qu'ils furent de très puissants intercesseurs.
4. Quoi pouvez-vous mériter ?
1° Qui est en état de péché mortel ne peut mériter de condigno d'être justifié.
La raison en est simple. La justification de l'impie (= de celui qui est en état de péché mortel) se fait par l'infusion de la grâce habituelle et sanctifiante. Or la récompense de l'œuvre méritoire de condigno est strictement proportionnée à sa valeur morale. Aucun acte humain, aussi naturellement bon qu'il soit, posé en état de péché mortel, ne peut donc mériter de condigno l'infusion de la grâce sanctifiante, puisqu'elle est une réalité surnaturelle excédant les capacités naturelles de l'homme. Il en va de même quant aux actes disposant surnaturellement l'impie à la justification de Dieu opère : posés en état de péché mortel, ils ne peuvent mériter de condigno ce à quoi ils disposent.
Cette grâce par laquelle l'impie devient juste, est justifié, cette grâce par laquelle s'opère la justification de l'impie cessant de l'être par cette justification-même, c'est la grâce habituelle et sanctifiante : c'est un habitus surnaturel infus (grâce habituelle), pas un influx surnaturel transitoire (grâce actuelle).
2° Qui est en état de grâce peut mériter de condigno, pour lui-même, l'accroissement de la grâce (en cette vie) et la vie éternelle (en l'autre).
3° Qui est en état de grâce ne peut mériter de condigno la justification d'autrui ; peut éventuellement la mériter de congruo, ou ne la pas mériter, au libre-choix de Dieu soupesant la valeur véritable de vos œuvres.
4° Qui est en état de péché mortel peut-il mériter de congruo que Dieu le justifie ?
(1) Pour la négative.
Répondent par la négative les théologiens qui, à la suite de saint Thomas d'Aquin, estiment que le mérite de congruo n'existe qu'en dépendance du mérite de condigno. Quand saint Thomas d'Aquin écrit que l'œuvre méritoire de l'homme peut doublement mériter, de congruo selon qu'elle procède du libre-arbitre, de condigno selon qu'elle procède de la grâce, il envisage un seul et même acte humain, accomplit sous l'effet de la grâce habituelle et sanctifiante, auquel il attribue un double mérite, de congruo en tant qu'acte humain, de condigno en tant que procédant de la grâce sanctifiante. De sorte qu'à n'être pas en état de grâce, est impossible de mériter de congruo.
- « L’œuvre méritoire de l'homme peut être envisagée à un double point de vue : soit en tant qu’elle procède du libre arbitre ; soit en tant qu’elle procède de la grâce du Saint-Esprit. Si on la considère en elle-même et en tant qu’elle procède du libre arbitre, il ne peut y avoir mérite de plein droit en raison d’une trop grande inégalité (non potest esse condignitas, propter maximam inaequalitatem). Mais l’on peut parler de convenance [congruence], à cause d’une certaine égalité proportionnelle (Sed est congruitas, propter quandam aequalitatem proportionis) ; il apparaît convenable (videtur enim congruum) qu’à l’homme qui agit selon son pouvoir Dieu réponde en le récompensant excellemment selon son pouvoir à Lui. Mais si nous parlons de l’œuvre méritoire en tant qu’elle procède de la grâce du Saint-Esprit, elle est méritoire de condigno de la vie éternelle (sic est meritorium vitæ æternæ ex condigno). » (ST, I-II, 114, 3, co).
Le même acte étant logiquement envisagé (sous des rapports différents) comme disposant à et résultant de la justification, en tant qu'il en résulte, il mérite de condigno et de congruo (comme expliqué ci-avant), quoiqu'il ne puisse être dit la mériter de congruo en tant qu'on l'envisage comme y disposant. Reste pourtant que c'est le même acte, de sorte qu'on puisse dire qu'il mérite de congruo la justification à laquelle il dispose, en précisant qu'il ne la mérite de congruo que parce qu'il en résulte.
(2) Pour l'affirmative.
C'est la position de la première scolastique franciscaine. Saint Jean Bonaventure, Docteur de l'Église, affirme en son Commentaire des Sentences (in II Sent., dist. 27, a. 2, q. 3) comme saint Thomas d'Aquin en sa Somme de théologie (I-II, 114, 3, co), que l'acte méritoire de condigno l'est aussi de congruo. Mais il affirme encore qu'un acte nullement méritoire de condigno peut mériter de congruo la justification de qui l'opère. Cette doctrine était également celle du jeune Thomas, en son propre Commentaire des Sentences.
Cette tradition scolastique a été attaquée par les théologiens protestants qui y ont vu un « néo-semipélagianisme ». Ils eussent mieux étudié, ils auraient vu que saint Bonaventure affirme ces actes méritoires être posés, non sous l'effet du concours général de Dieu (d'ordre naturel), mais sous celui d'une grâce actuelle (d'ordre surnaturel).
La vraie question est de savoir si l'acte moralement doté d'une bonté d'ordre naturel (par ex. le fait que le paien aime ses enfants) est méritoire de congruo de l'infusion de la grâce sanctifiante (assertion fausse au regard de Mt. V, 46-47), de sorte qu'il y dispose immédiatement ; ou s'il n'en est qu'une disposition éloignée, méritoire de congruo d'une grâce actuelle lui donnant, s'il y coopère, de poser des actes surnaturels de foi et d'espérance, dispositions surnaturelles prochaines à la justification (comme appert du ch. 6 du Décret sur la justification). Quant à ces actes surnaturels de foi et d'espérance théologales, loin qu'ils suffisent à mériter de congruo la justification, ils ne peuvent que mériter de congruo une grâce actuelle sous l'effet de laquelle l'homme pose enfin l'acte de charité, à la fois cause dispositive ultime et immédiate à la justification et effet de cette justification. Les actes méritoires de congruo du don de la grâce sanctifiante s'étagent donc sur trois niveaux : 1° actes naturellement bons, posés sous l'effet d'une motion divine relevant du concours général de Dieu, et constitutifs d'une disposition naturelle éloignée à la justification ; 2° actes surnaturellement bons, posés sous l'effet d'une grâce actuelle, et constitutifs par leur mérite de congruo d'une disposition surnaturelle prochaine à la justification ; acte de charité, surnaturellement bon, résultant d'une grâce pensée tout à la fois comme actuelle et disposant ultimement à la justification, et comme habituelle et sanctifiante en laquelle la justification s'opère.
Nous pouvons ainsi mieux comprendre la portée d'un adage célèbre : À celui qui fait ce qu'il peut, Dieu ne refuse pas la grâce. On sait qu'aujourd'hui certains enseignent l'existence de chrétiens anonymes, méconnaissant quelle est la la foi nécessaire au salut, en niant la nécessité de la foi explicite aux articles fondamentaux de la foi chrétienne pour le salut.
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Quant à savoir quoi pouvez-vous mériter, et à quelles conditions, voyez supra.Sans quoi l’offensé est un arrogant ou un simulateur, il a une intention cachée de désespérer, d’humilier, de rabaisser, de soumettre en rendant impossible ce qu’il demande, il manquerait de munificence. Il y aurait 2 poids 2 mesures…
Quant au reste, loin d'être arrogant, il est Saint. C'est à raison de l'Amour de Dieu pour Dieu qu'est Dieu, amour nécessaire et infini de nécessité absolue de nature, que Dieu a librement décidé que seule la Passion de son Fils nous délivrerait de la damnation, serait méritoire de condigno de tout le genre humain.
D'abord que la Passion ne s'imposait pas : elle résulte d'un libre-choix de Dieu.(Dans cette optique, le sacrifice du Christ serait quand même nécessaire pour nous montrer en effet la voie et attester de son amour.)
Que répondez-vous à cela ?
Ensuite que votre propos démontre la haute convenance à ce que Dieu exigea la Passion. L'attestation de l'amour de charité créée - la charité incréée étant Dieu ; la charité créée une grâce du Christ-homme - est selon l'ordre même de l'amour de charité, amour théologal, amour pour Dieu, le vrai Dieu, le Dieu biblique de la foi théologale. Avant que la Passion soit un acte d'amour miséricordieux du Christ pour les pécheurs, elle est d'abord un acte d'amour du Christ-homme pour Dieu, le vrai Dieu, Dieu le Père, raison de la Déité et principe sans principe de la Trinité. Cet amour du Christ-homme pour Dieu, quoi pouvait mieux l'attester que l'acceptation de la Croix ?
Il y a un double aspect dans la Rédemption opérée par le Christ. C’est l’homme qui est racheté, en recevant, par la Passion, le pardon de Dieu. De ce point de vue, la Rédemption est ordonnée au salut de l’homme, donc à l’homme. Mais l’homme ne peut être la fin dernière absolue des œuvres divines : Dieu est leur seule fin. Le rachat de l’homme est donc d’abord relatif à Dieu, à la Vindicte qu’est Dieu, Vindicte payée par la Passion. La Passion est œuvre de satisfaction à la Vindicte (satisfaction vicaire) ordonnée à la Miséricorde (l’application aux élus – élection à la grâce / élection à la gloire – des mérites du Christ). C’est en tant qu’elle rachète l’homme à la Vindicte que la Passion est délivrance : c’est par le Rachat que s’opère le Salut. La délivrance de la souillure du péché et de la dette de peine éternelle qu’elle implique est consécutive à la Passion ; le Pardon n’étant accordé qu’après réparation ou satisfaction ou expiation, par la Passion, de l’offense à Dieu qu’est le péché.
La justification extra-sacramentelle par contrition parfaite va de soi, Car de même que l'acte de charité est à la fois cause dispositive à la justification et effet de la justification qu'il opère, de même la contrition parfaite, fille de la charité.Vous acceptez donc la possibilité d’une justification extra sacramentelle ? Je pensais que non… Je suppose alors que cette possibilité vous la faites courir jusque devant le juge et tant qu’il n’a pas prononcé sa sentence, ou je me trompe ?
Et elle est possible jusqu'à l'instant de votre dernier souffle, pour autant qu'une grâce de conversion vous soit alors donnée (il n'y a pas d'automatisme), et que vous y coopériez.
Ils ne sont pas suspendus mais perdus. La seule question, débattue, est de savoir si après les avoir perdus on peut les retrouver, une fois de nouveau justifié.Dans la mesure où les mérites sont dits suspendus par la perte de l’état de grâce, c’est qu’ils ne sont pas perdus !
Mais non.S’ils ne sont pas recouvrés avec la grâce, cela voudrait dire qu’ils ont servi de substitution (ou d’atténuation) au châtiment, ou que dans la communion des saints (réversibilité des mérites) ils ont été affectés à d’autres, ce qui est assez pervers.
Tant que vous êtes en état de grâce, vous pouvez reverser le bénéfice de vos mérites à un tiers. Mais à perdre l'état de grâce, vous perdez du fait même le principe du bon mérite surnaturel de vos actes.
Ce qui est perdu n'est pas le bien que vous avez fait en étant en état de grâce, mais son mérite, la récompense surnaturelle que vous méritiez par ce bien (= par vos actes de charité posés en état de grâce). Mais étant désormais en état de péché mortel, loin de mériter (de condigno) la vie éternelle ou quelque autre bien pour le prochain ou pour vous-même, vous ne méritez désormais plus que les châtiments de l'Enfer. Vous me voyez ici suivre l'opinion dominicaine : il est impossible de mériter un bien surnaturel, fut ce de congruo, alors qu'on est en état de péché mortel. Mais vous pouvez opter pour l'opinion de la première scolastique franciscaine : alors même qu'encore en état de péché mortel, vous pouvez mériter de congruo la grâce de la justification, pour ensuite justifié mériter de congruo des grâces pour autrui.
La question de la reviviscence des mérites porte sur un point précis : puisque le degré de gloire que les élus reçoivent au Ciel est proportionnel à l'amour qu'ils ont eu pour Dieu, le mérite de nos anciens amours est-il retrouvé en retrouvant la grâce, de sorte que notre gloire céleste ne soit pas diminuée par les péchés commis dans l'intervalle.
Pour autant que vous soyez en état de grâce, vous pouvez mériter de congruo que Dieu efface leur dette de peine éternelle et temporelle. De sorte que, quant à la dette de peine à souffrir au Purgatoire, vos mérites peuvent valoir indulgence partielle ou plénière.D’où ma question : considérez-vous que les mérites puissent avoir valeur d’indulgence et « effacer la peine », ou que ce sont 2 domaines étanchent et qu’ils ne concernent que la place ou le degré de béatitude future ?
Mais ne tombons pas dans l'illusion. Si « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc. V, 16), elle ne peut pas tout, même à être aux cimes de la sainteté : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant ma face, je n'aurais pas pitié de ce peuple » (Jr. XV, 1).
Je ne comprends pas cette phrase.Etablissez-vous (ou d’autres qui ont eu cette idée) une distinction d’étanchéité selon que l’on se trouverait ici-bas, en état de grâce ou pas, à la porte de l’enfer, du purgatoire ou du ciel ?
Vous avez dans les explications données plus haut la réponse à cette question. Vous méritez (de congruo & de condigno) votre justification au moment-même où Dieu l'opère.Par ailleurs, étant donné qu’on ne se sauve pas sans mérite, cela voudrait dire qu’il faudrait attendre d’en acquérir un après une absolution pour vraiment retrouver totalement la grâce !? (Sans doute, sauf dans le cas d’un baptême où les mérites du Christ remplacent les nôtres… ?)
C'est à la grâce de Dieu.retrouver rapidement la contrition parfaite après une chute mortelle me semble inévident.
C'est désormais chose faite.J’ai été surpris que PP ne vois cite pas Ezéchiel (33, 17-20)
Sur ce, permettez moi un long silence.
Bonne continuation.
